Élections en Haïti : le CEP fixe une date, mais le pays peut-il vraiment voter ?

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Le premier tour est annoncé pour le 13 décembre 2026. Entre insécurité, déplacements de population et méfiance politique, la tenue du scrutin reste incertaine.

Le Conseil électoral provisoire (CEP) prévoit d’organiser le premier tour des prochaines élections le 13 décembre 2026. Un éventuel second tour est annoncé pour le 21 février 2027.

Après près de dix ans sans élections générales, ce calendrier devrait représenter un espoir. Pourtant, dans un pays confronté à une grave crise sécuritaire, beaucoup se demandent si la population pourra réellement voter.

Plus de six millions d’électeurs potentiels

En 2016, environ 6,2 millions de personnes figuraient sur les listes électorales. Ce chiffre doit maintenant être actualisé. De nombreux jeunes ont atteint l’âge de voter et des centaines de milliers de familles ont changé de commune à cause de l’insécurité.

Selon une enquête réalisée en mai 2026 auprès de 1 332 personnes, seulement 41,4 % des jeunes de 18 à 29 ans interrogés possédaient une carte de l’Office national d’identification.

Sans carte d’identification et sans inscription sur les listes électorales, ils ne pourront pas participer au scrutin.

Les Haïtiens veulent voter, mais restent méfiants

Selon la même enquête, 82,9 % des personnes interrogées souhaitent l’organisation d’élections en 2026 ou en 2027. Près de 85 % se disent disposées à voter.

Cependant, plus de 75 % déclarent avoir très peu confiance ou n’avoir aucune confiance dans la classe politique. Chez les jeunes, ce chiffre atteint 81,5 %.

Cette méfiance pourrait affecter la participation. En 2016, environ 18 % seulement des électeurs inscrits avaient participé à l’élection présidentielle.

L’insécurité, principal obstacle

Plus de 1,4 million de personnes ont été forcées de quitter leur domicile. Des groupes armés contrôlent plusieurs quartiers de Port-au-Prince ainsi que des routes importantes vers l’Artibonite et le Centre.

Le CEP devra déterminer où installer les centres de vote, comment transporter le matériel électoral et comment protéger les électeurs, les candidats et le personnel.

Si le scrutin se déroule uniquement dans les zones accessibles, une partie importante de la population pourrait être exclue. La légitimité des résultats serait alors contestée.

Le problème des personnes déplacées

De nombreuses personnes déplacées vivent loin de leur centre électoral habituel. Certaines ont perdu leurs documents, tandis que d’autres ne peuvent plus retourner dans leur commune d’origine.

Le CEP devra leur permettre de changer d’adresse électorale et de voter près de leur nouveau lieu de résidence. Sans mesures particulières, des centaines de milliers de citoyens risquent de rester en dehors du processus.

Plus de 300 organisations politiques

Plus de 300 partis et organisations politiques ont été autorisés à participer aux élections. Ce nombre montre l’ouverture du processus, mais aussi la profonde division du paysage politique haïtien.

Les électeurs devront pouvoir comparer les programmes proposés dans les domaines de la sécurité, de l’emploi, de l’éducation, de la santé, de la justice et de l’économie.

Les médias auront la responsabilité d’interroger les candidats, de vérifier leurs déclarations et d’informer la population sans devenir des instruments de propagande.

Une date ne suffit pas

Fixer une date constitue une première étape, mais cela ne garantit pas des élections crédibles.

Le CEP devra publier des données précises sur les inscriptions, garantir le vote des personnes déplacées, sécuriser les centres et les routes, contrôler le financement des campagnes et publier les résultats avec transparence.

Haïti a besoin d’élections pour retrouver des institutions légitimes. Mais un scrutin organisé sans sécurité et sans participation nationale pourrait provoquer une nouvelle crise.

La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si les bureaux de vote ouvriront le 13 décembre 2026. Il faudra surtout déterminer combien d’Haïtiens pourront réellement voter librement et accepter les résultats.

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