EDE, VIKTWA, REKONSILYE, DEBLOKE… renouvellement politique ou recomposition d’une même famille politique ?

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À quelques mois des élections, la scène politique haïtienne change de configuration. De nouvelles plateformes occupent le terrain, les partis multiplient les alliances et plusieurs candidats se positionnent déjà pour la présidentielle. Pourtant, derrière cette nouvelle carte politique, de nombreux visages restent familiers.

EDE, VIKTWA, REKONSILYE, DEBLOKE : quatre bannières qui reviennent régulièrement dans l’actualité électorale. Elles ne sont ni identiques ni organisées de la même manière, mais leur montée en puissance illustre un phénomène devenu central dans cette période préélectorale : le regroupement de forces existantes et le repositionnement de personnalités déjà présentes dans la vie politique.

La liste définitive publiée par le Conseil électoral provisoire (CEP) permet de mesurer l’ampleur du phénomène. Au total, 105 structures politiques ont été agréées, soit 88 partis et 17 groupements politiques. EDE est enregistré comme parti politique, alors que VIKTWA, REKONSILYE et DEBLOKE appartiennent à la catégorie des groupements.

Derrière ce chiffre de 105 structures se cache donc une réalité plus complexe. Certaines bannières rassemblent plusieurs partis qui existaient déjà séparément et qui ont décidé de faire front commun pour les élections.

VIKTWA en est l’un des exemples les plus visibles. Le regroupement affirme réunir 52 formations politiques. Lors de sa primaire du 10 septembre à Pétion-Ville, 43 représentants ont participé au choix du candidat à la présidence. Wilner Joseph a obtenu 39 voix contre trois pour Jean Nerva Siméon, avec un bulletin blanc.

Quelques jours plus tard, Wilner Joseph a engagé les démarches électorales sous la bannière de VIKTWA.

Mais réunir autant de formations autour d’un même projet n’est pas sans difficulté. Des désaccords ont déjà été signalés autour du choix de certaines candidatures dans les départements, notamment dans le Sud. Une situation qui rappelle que derrière l’unité affichée par une grande coalition se trouvent aussi plusieurs partis avec leurs propres dirigeants, ambitions et intérêts électoraux.

REKONSILYE suit une logique comparable.

La plateforme a choisi Gary Bodeau pour porter ses couleurs à la présidentielle. Ancien député de Delmas et ancien président de la Chambre des députés, Bodeau a d’abord été retenu par les membres fondateurs du regroupement avant que son choix ne soit soumis aux formations membres. Six se sont prononcées en sa faveur, deux contre, tandis que deux se sont abstenues.

La candidature de Gary Bodeau illustre l’une des particularités de cette nouvelle configuration politique : la bannière est récente, mais la personnalité qui la représente est déjà bien connue.

Même constat chez EDE.

Le parti a choisi Claude Joseph, ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères, comme candidat à la présidence. Là encore, la formation cherche à s’imposer comme une alternative dans la compétition électorale, tout en étant représentée par un responsable ayant déjà exercé au sommet de l’État.

DEBLOKE complète cette photographie. Contrairement à EDE, il ne figure pas dans la catégorie des partis individuels, mais parmi les groupements agréés par le CEP. Sa présence confirme cette tendance des formations politiques à se regrouper sous de nouvelles bannières plutôt qu’à aborder seules la compétition.

Pendant ce temps, le nombre de candidatures continue d’augmenter.

Selon les données du CEP actualisées au 27 septembre, 10 candidatures à la présidence avaient déjà été enregistrées sur la plateforme électorale. Le système comptabilisait également 195 inscriptions au Sénat, 585 à la députation, 272 à la mairie, 295 aux CASEC et 160 aux ASEC.

Ces chiffres restent préliminaires. Une inscription sur la plateforme du CEP ne signifie pas qu’une candidature est définitivement acceptée. Les dossiers doivent encore franchir les différentes étapes de vérification et de contestation prévues par le processus électoral.

La machine électorale avance également avec une nouvelle direction au CEP. Le 24 septembre, Peterson Pierre-Louis a pris la présidence du Conseil électoral provisoire en remplacement de Jacques Desrosiers. Jaccéus Joseph occupe désormais la vice-présidence, Nemrod Sanon le secrétariat général et Schnaïda Adély la trésorerie.

Ce changement intervient à un moment où les partis entrent dans une phase décisive : choix des candidats, dépôt des dossiers, négociations internes et construction des alliances.

Et c’est précisément dans cette multiplication des alliances que réapparaît une vieille réalité de la politique haïtienne.

Les sigles changent, les regroupements se forment et les acteurs se redistribuent entre différentes plateformes. Des responsables autrefois alliés se retrouvent aujourd’hui dans des camps concurrents. À l’inverse, des partis qui ont suivi des chemins différents peuvent désormais se retrouver derrière le même candidat.

Claude Joseph a déjà dirigé le gouvernement et la diplomatie haïtienne. Gary Bodeau a dirigé la Chambre des députés. Wilner Joseph avait déjà évolué dans l’espace politique avant de devenir le candidat choisi par VIKTWA.

Autour de ces candidats se retrouvent également plusieurs formations et responsables qui ne font pas leur première apparition dans une bataille électorale.

Cela ne signifie pas qu’EDE, VIKTWA, REKONSILYE et DEBLOKE sont politiquement identiques. Rien ne permet non plus de les présenter comme une seule organisation. Chacun possède sa propre direction, ses composantes, ses stratégies et devra défendre son programme devant les électeurs.

Mais leur émergence met en évidence une tendance : le paysage politique de 2026 se construit autant par recomposition que par création.

Les 105 structures agréées donnent, au premier regard, l’image d’une offre politique particulièrement large. La présence de 17 groupements montre pourtant qu’une partie de cette offre repose sur la concentration de plusieurs partis autour de nouvelles coalitions.

Le véritable test du renouvellement ne sera donc probablement pas le nombre de nouveaux logos affichés pendant la campagne.

Il faudra regarder les candidats, leurs parcours, les équipes qui les accompagnent, leurs anciennes alliances, leurs programmes et surtout ce qu’ils proposent de différent dans un pays qui attend depuis longtemps le retour à des institutions issues des urnes.

À mesure que la campagne prendra forme, les électeurs pourront davantage mesurer ce qui sépare réellement ces plateformes.

Car derrière EDE, VIKTWA, REKONSILYE et DEBLOKE, une question demeure : assiste-t-on à l’émergence de nouvelles forces politiques ou simplement à une nouvelle distribution des rôles entre des acteurs qui se connaissent déjà depuis longtemps ?

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