Quand la montagne accouche d’une souris : trois prétendants ont été publiquement présentés par EDE, mais le parti a finalement désigné à l’unanimité son fondateur, dont le nom ne figurait pas parmi les candidats annoncés.
La désignation de Claude Joseph comme candidat du parti politique Les Engagés pour le Développement (EDE) à la présidentielle de 2026 soulève des interrogations sur la transparence du processus de sélection. Plusieurs personnalités avaient été publiquement présentées comme prétendantes à l’investiture. Pourtant, aucune d’entre elles n’a obtenu le ticket présidentiel.
Réuni le jeudi 17 septembre 2026 à l’hôtel El Rancho, à Pétion-Ville, le Bureau politique national d’EDE a choisi Claude Joseph à l’unanimité. La rencontre, organisée de 9 heures à 13 heures, a rassemblé des dirigeants, des cadres, des militants et des sympathisants du parti.
Au terme des délibérations, EDE a annoncé que son fondateur porterait ses couleurs dans la course au Palais national. Cette décision met fin à un processus interne dont le déroulement soulève désormais plusieurs questions.
Trois prétendants présentés, aucun retenu
Avant cette réunion, EDE avait publiquement présenté trois candidats à son investiture présidentielle : Helph Monod Honorat, Joseph Harold Pierre et Jean Marc Berthier Antoine.
Leurs portraits ont été diffusés sur les réseaux sociaux avec le logo du parti et la mention « candidat à la présidence aux primaires du parti EDE ». Cette communication laissait clairement entendre que ces personnalités participaient à une véritable compétition interne.
Les trois prétendants ont accepté d’associer leur nom, leur image et leurs ambitions politiques au processus. Tout indiquait que l’un d’entre eux devait être choisi pour représenter EDE à la présidentielle.
Mais au moment du verdict, aucun des candidats annoncés n’a décroché l’investiture.
Claude Joseph absent de la liste, mais choisi à l’unanimité
Claude Joseph n’avait pas été présenté au public comme candidat à la primaire. Contrairement aux trois autres prétendants, aucune affiche officielle ne l’annonçait comme participant au processus.
Son nom ne figurait donc pas sur la ligne de départ présentée par EDE. Pourtant, c’est lui qui a obtenu le ticket à l’issue de la réunion du Bureau politique national.
À quel moment Claude Joseph a-t-il officiellement intégré la course à l’investiture ? A-t-il soumis sa candidature dans les mêmes conditions que les autres participants ? Les prétendants annoncés savaient-ils qu’ils étaient également en compétition contre le fondateur du parti ?
EDE n’a pas fourni suffisamment d’éléments pour répondre à ces questions.
Une primaire sans résultats détaillés
Le parti a annoncé la désignation unanime de Claude Joseph, mais aucun résultat détaillé n’a été rendu public. Le nombre de votants, la répartition des voix et les résultats obtenus par les trois prétendants restent inconnus.
On ignore également si un scrutin formel a opposé les candidats ou si le Bureau politique national a simplement décidé de confier l’investiture au fondateur d’EDE.
Aucun classement n’a été publié. Aucun procès-verbal n’a été présenté au public. Le parti n’a pas non plus expliqué pourquoi tous les candidats officiellement annoncés ont été écartés.
Sans ces informations, difficile de déterminer s’il s’agissait réellement d’une primaire ou d’une simple consultation laissant à la direction le dernier mot.
Des candidats pour le décor ?
La décision place Helph Monod Honorat, Joseph Harold Pierre et Jean Marc Berthier Antoine dans une situation embarrassante. Présentés comme de véritables prétendants, ils semblent avoir été relégués au rôle de figurants dans un processus finalement remporté par une personne qui n’y apparaissait pas officiellement.
Joseph Harold Pierre pouvait notamment croire qu’il avait toutes ses chances d’obtenir l’investiture. Comme les autres candidats, il avait accepté de participer à un processus présenté comme compétitif.
Mais après la publication des affiches et la mise en avant des prétendants, le ticket a été remis au fondateur du parti.
Les candidats ont-ils réellement eu la possibilité de l’emporter ? Leur participation servait-elle à donner une apparence démocratique à une décision déjà envisagée ? Étaient-ils informés que Claude Joseph pouvait être choisi sans avoir été présenté comme leur concurrent ?
Une opération de communication ?
Une primaire sérieuse doit reposer sur des règles précises et connues de tous. La liste des candidats, les conditions de participation, le corps électoral, le mode de scrutin et les critères de sélection doivent normalement être établis avant le vote.
Dans le cas d’EDE, plusieurs zones d’ombre demeurent. Le parti n’a pas expliqué publiquement comment les participants devaient être départagés ni comment Claude Joseph a pu obtenir l’investiture sans figurer parmi les prétendants annoncés.
Cette absence de transparence donne l’impression que les affiches et les candidatures ont surtout servi à créer un événement politique autour d’une décision prise au sommet.
Si Claude Joseph était le choix naturel du parti, pourquoi ne pas avoir annoncé sa candidature dès le lancement du processus ? Pourquoi présenter trois autres personnalités si le Bureau politique pouvait finalement les écarter toutes au profit de son fondateur ?
Claude Joseph, juge et partie ?
Fondateur d’EDE, ancien Premier ministre par intérim et ancien ministre des Affaires étrangères, Claude Joseph demeure la principale figure de cette formation politique créée en 2021.
Sa désignation par les dirigeants du parti nourrit le soupçon d’un processus taillé sur mesure. Même si la décision a été adoptée à l’unanimité, l’absence de résultats détaillés laisse planer l’impression d’une autosélection.
Claude Joseph pouvait pourtant annoncer sa candidature dès le départ et affronter ouvertement les autres prétendants. Une victoire dans ces conditions aurait renforcé la légitimité de son investiture.
Au lieu de cela, il a récupéré le ticket après que d’autres personnalités ont été exposées comme candidates à la primaire.
EDE doit s’expliquer
Le débat ne porte pas uniquement sur le choix de Claude Joseph. Il concerne surtout la méthode employée et le respect accordé aux autres prétendants.
EDE se présente comme une formation attachée à la démocratie, à l’engagement citoyen, à la justice sociale et au renouvellement des pratiques politiques. Le parti doit donc expliquer comment son fondateur a été désigné alors qu’il ne figurait pas parmi les candidats publiquement annoncés.
Qui a voté ? Selon quelles règles ? Quels résultats les trois prétendants ont-ils obtenus ? Claude Joseph avait-il officiellement déposé sa candidature ? Les autres participants avaient-ils été informés de sa présence dans la course ?
En attendant ces explications, le doute demeure sur la véritable utilité de cette primaire.
EDE avait présenté des candidats, publié leurs affiches et entretenu l’idée d’une compétition. Au moment du verdict, les prétendants annoncés sont repartis les mains vides et Claude Joseph a obtenu le ticket présidentiel.
La montagne a accouché d’une souris : trois candidats pour le décor, l’investiture pour le fondateur.


