Près de cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, Joseph Félix Badio et 17 anciens militaires colombiens ont été transférés, dimanche 20 septembre 2026, aux États-Unis à bord d’un avion militaire américain. Ils seront poursuivis devant la justice fédérale du district sud de la Floride.
Le ministère haïtien de la Justice affirme avoir autorisé leur remise à la demande des autorités américaines afin de faciliter leur jugement et l’établissement des responsabilités. Le gouvernement reconnaît que la procédure américaine a déjà conduit à des arrestations, des poursuites et des condamnations, alors qu’aucun procès n’a été organisé en Haïti.
Pendant près de cinq ans, l’instruction haïtienne a été marquée par des changements de juges, des audiences reportées, des menaces contre des magistrats et la paralysie de plusieurs tribunaux. Le transfert des principaux suspects apparaît ainsi comme un nouvel aveu d’impuissance de la justice haïtienne.
La procédure suscite toutefois des interrogations. Les autorités parlent d’une « remise », sans préciser publiquement les décisions judiciaires, les mandats américains et les dispositions légales ayant permis le départ des détenus. Plusieurs voix dénoncent une perte de souveraineté et réclament davantage de transparence.
Aux États-Unis, 30 personnes ont été inculpées dans cette affaire. Plusieurs accusés ont déjà été reconnus coupables ou condamnés à la prison à perpétuité. Washington promet de poursuivre ceux qui ont financé, facilité ou soutenu l’opération.
En Haïti, l’ancien maire de Jacmel, Macky Kessa, reste incarcéré. L’ancien sénateur Joseph Lambert réclame sa libération si aucune charge suffisante ne justifie son maintien en prison, estimant qu’une détention provisoire ne peut devenir une condamnation sans procès.
Le transfert des 18 suspects pourrait permettre de faire avancer le dossier, mais les principales questions restent entières : qui a commandité et financé l’assassinat? Qui devait profiter de la disparition de Jovenel Moïse? Pourquoi son dispositif de sécurité n’a-t-il pas empêché l’attaque?
Les suspects seront désormais jugés aux États-Unis. En Haïti, l’incapacité d’organiser leur procès restera comme l’un des plus lourds échecs de l’appareil judiciaire national.


