Le Premier ministre prépare un nouveau déplacement à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies. Après au moins six voyages à l’étranger recensés depuis le début de 2026, une question s’impose : qu’ont rapporté ces missions à Haïti ? Sur la sécurité, la protection de la diaspora et les élections, le gouvernement reste attendu sur un bilan précis.
Saint-Kitts-et-Nevis en février, le Chili en mars, les États-Unis en avril, l’Italie et le Vatican en mai, un nouveau déplacement aux États-Unis en juin, puis Sainte-Lucie en juillet : l’agenda international d’Alix Didier Fils-Aimé a été chargé. Ce décompte provisoire regroupe la tournée à Rome et au Saint-Siège en une seule mission.
Le prochain rendez-vous est annoncé à New York, où le chef du gouvernement doit participer à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Selon les informations disponibles, la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, fera partie de la délégation restreinte.
La présence d’Haïti dans ces rencontres internationales a son importance. Le pays doit défendre ses intérêts, rechercher des appuis et entretenir ses relations diplomatiques. Mais après plusieurs déplacements, les citoyens doivent pouvoir connaître les engagements obtenus et ce qui a été réalisé au retour.
La sécurité ne peut pas rester un sujet de communiqué
Pour une famille qui a quitté son quartier sous la menace, un commerçant qui peine à ouvrir son entreprise ou un parent inquiet pour le trajet de ses enfants, le bilan diplomatique doit avoir une traduction concrète.
Quels moyens supplémentaires les discussions avec les partenaires ont-elles permis d’obtenir ? Quels équipements ont été livrés ? Quels financements sont effectivement disponibles ? Quels engagements restent bloqués, et pourquoi ?
Le gouvernement ne maîtrise pas seul les décisions étrangères ni les délais de la coopération. Il lui revient toutefois de suivre les dossiers et d’expliquer leur évolution. Une promesse de soutien ne peut être présentée comme un résultat acquis.
L’insécurité constitue donc le premier test de cette diplomatie. Les rencontres doivent contribuer à améliorer la capacité de l’État à protéger la population. Leur utilité se mesure aussi à cette exigence.
TPS et diaspora : quelles réponses aux familles ?
La situation des Haïtiens aux États-Unis mérite également une place centrale dans les démarches gouvernementales. Les décisions concernant le Statut de protection temporaire, le TPS, touchent directement le travail, la stabilité familiale et l’avenir des personnes concernées.
Port-au-Prince ne décide pas de la politique migratoire américaine. Mais le gouvernement doit pouvoir expliquer les démarches entreprises auprès de Washington, les réponses reçues et l’assistance proposée aux ressortissants.
Quels moyens sont disponibles dans les consulats ? Comment les familles sont-elles informées et orientées ? Quel accompagnement est prévu pour les personnes renvoyées en Haïti ?
La diaspora est régulièrement appelée à investir, à envoyer de l’argent et à participer au développement du pays. Elle est en droit d’attendre, en retour, des services accessibles et une défense suivie de ses préoccupations. Les visites officielles doivent aussi servir à cela.
Élections : les garanties doivent accompagner la date
Le calendrier électoral prévoit un premier tour le 13 décembre 2026. Mais la tenue d’un scrutin crédible dépend de conditions qui doivent encore être expliquées à la population.
Comment garantir l’accès aux centres de vote dans les zones exposées à la violence ? Comment permettre aux personnes déplacées de participer ? Comment protéger les électeurs, les candidats et les agents électoraux contre les menaces et les pressions ?
La recherche d’un soutien international doit contribuer à répondre à ces difficultés. Le gouvernement doit préciser les moyens obtenus, leur affectation et les délais de mise en œuvre.
Une déclaration favorable d’un partenaire ne sécurise pas un bureau de vote. Le bilan des démarches diplomatiques devra aussi être évalué sur leur contribution réelle à l’organisation des élections.
Corruption et dépenses publiques : rendre des comptes
Les voyages soulèvent enfin une question financière. Combien ont coûté les billets, l’hébergement, les indemnités et les autres dépenses des délégations ? Quels critères ont déterminé le choix des participants ? Quels services assurent le suivi des accords ?
Ces questions ne constituent pas une accusation de détournement. Elles relèvent du contrôle de l’utilisation de l’argent public.
La lutte contre la corruption exige une gestion documentée et vérifiable. L’exécutif doit appliquer cette règle à ses propres missions. Publier les dépenses et les résultats permettrait de distinguer les engagements exécutés, les promesses en attente et les démarches restées sans suite.
Les informations réunies pour cet article ne permettent pas d’établir un bilan global chiffré des coûts et des retombées de ces déplacements. Cette limite appelle une réponse détaillée de la Primature.
À New York, une nouvelle tribune et les mêmes attentes
Le prochain voyage donnera à Alix Didier Fils-Aimé une nouvelle occasion de porter les préoccupations d’Haïti devant les partenaires internationaux. Il devra aussi permettre de faire avancer les dossiers déjà discutés lors des visites précédentes.
Il serait excessif d’affirmer, sans examen complet, que ces missions n’ont rien apporté. Il serait tout aussi insuffisant de les présenter comme des succès sur la seule base des rencontres organisées.
Après au moins six voyages en 2026, le gouvernement doit rendre son bilan accessible : ce qu’il a demandé, ce qu’il a obtenu, ce qui a été exécuté et ce qui reste en suspens.
Les destinations sont connues. Les Haïtiens attendent maintenant de connaître les résultats.


