Élections 2026 en Haïti : sanctionnés aujourd’hui, dirigeants demain ? Les mêmes figures à la reconquête du pouvoir

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À l’approche des élections, la scène politique haïtienne recommence à s’animer. Plusieurs figures bien connues refont surface, alors que les partis se réorganisent et que les discussions autour des alliances s’intensifient. Parmi ces acteurs figurent aussi d’anciens hauts responsables visés ces dernières années par des sanctions internationales. Leur retour dans le jeu politique remet sur la table la question du renouvellement de la classe dirigeante.

Les élections se rapprochent, selon le calendrier établi par le Conseil électoral provisoire (CEP), et les lignes commencent déjà à bouger sur l’échiquier politique. Les partis se remobilisent, les rencontres se multiplient et les discussions autour des alliances s’intensifient. Dans le même temps, plusieurs personnalités ayant déjà occupé d’importantes fonctions au sein de l’État refont surface et cherchent à se repositionner à l’approche du scrutin.

Anciens présidents, Premiers ministres, ministres, parlementaires ou dirigeants de partis : plusieurs noms bien connus reviennent progressivement dans les discussions sur l’avenir politique du pays. Certains pourraient être candidats, d’autres chercher à peser sur les alliances et la formation du prochain pouvoir.

Parmi ces figures se trouvent également des personnalités visées ces dernières années par des sanctions internationales. Une réalité qui devrait occuper une place dans le débat électoral, sans toutefois confondre sanction internationale et condamnation judiciaire.

Au-delà des candidatures, c’est donc une nouvelle fois la question du renouvellement de la classe politique qui se pose. Après des années de crise sécuritaire, institutionnelle, économique et sociale, les élections de 2026 ouvriront-elles réellement la voie à de nouveaux acteurs ou assistera-t-on à une nouvelle recomposition autour de figures présentes depuis longtemps sur la scène politique ?

Plusieurs anciens responsables sous sanctions

Depuis 2022, plusieurs pays et organisations internationales ont adopté des mesures contre des personnalités haïtiennes.

Le Canada a notamment sanctionné Michel Martelly, Laurent Lamothe, Jocelerme Privert, Jean-Henry Céant, Youri Latortue, Joseph Lambert, Rony Célestin, Hervé Fourcand, Gary Bodeau, Nenel Cassy, Gracia Delva, Arnel Bélizaire, Prophane Victor, Berto Dorcé et Liszt Quitel, parmi d’autres personnalités.

Les États-Unis ont également pris différentes mesures contre plusieurs responsables ou anciens responsables haïtiens. Michel Martelly, Youri Latortue, Joseph Lambert, Rony Célestin, Hervé Fourcand, Gary Bodeau et Prophane Victor figurent notamment parmi les personnalités ayant fait l’objet de mesures américaines sous différents dispositifs.

Laurent Lamothe a, pour sa part, fait l’objet en 2023 d’une désignation publique du Département d’État américain pour « corruption significative », entraînant notamment une inéligibilité générale à l’entrée aux États-Unis.

Au niveau des Nations unies, Prophane Victor figure sur la liste du Comité 2653 du Conseil de sécurité concernant Haïti.

L’Union européenne a également renforcé ses mesures restrictives concernant Haïti. En décembre 2025, elle a ajouté Michel Martelly, Youri Latortue et Rony Célestin à son régime autonome de sanctions.

Selon les régimes concernés, ces mesures peuvent notamment comprendre le gel d’avoirs, des restrictions financières ou des interdictions de territoire.

Il convient cependant de faire une distinction importante : une sanction internationale ne constitue pas automatiquement une condamnation judiciaire. Les procédures et les conséquences ne sont pas les mêmes.

Des sanctions, mais une influence politique qui demeure

Être sanctionné ne signifie pas nécessairement disparaître de la vie politique.

Une personnalité peut ne pas être candidate tout en conservant une influence importante à travers un parti, des réseaux, des alliances ou le soutien apporté à un candidat.

C’est précisément ce qui rend le sujet important à l’approche du scrutin.

Le débat ne doit pas seulement porter sur les noms qui figureront sur les bulletins de vote, mais également sur les forces politiques qui se trouveront derrière les candidatures et les alliances qui pourraient déterminer la composition du prochain pouvoir.

Pour les personnalités sanctionnées qui souhaitent retrouver une place dans le jeu politique, plusieurs questions devraient pouvoir être posées : quels sont les motifs officiels des sanctions ? Les intéressés les contestent-ils ? Quelles démarches ont-ils entreprises ? Ces mesures sont-elles toujours en vigueur ?

Et pour ceux qui ont déjà exercé de hautes fonctions, une autre question s’ajoute : quel bilan laissent-ils de leur passage aux affaires ?

Les mêmes noms reviennent

Le phénomène n’est pas nouveau en Haïti.

À chaque transition ou période électorale, les alliances se recomposent. De nouvelles plateformes apparaissent, certains adversaires deviennent partenaires et d’anciens alliés se retrouvent dans des camps opposés.

Les structures changent, les slogans évoluent, mais une partie des acteurs reste la même.

Le retour d’un ancien responsable n’est pas en soi anormal. L’expérience politique peut constituer un atout. Mais cette expérience vient aussi avec un bilan qui mérite d’être examiné.

Une nouvelle campagne ne devrait pas permettre d’effacer les responsabilités exercées auparavant.

Lorsqu’un ancien dirigeant revient devant la population, il est légitime de rappeler ce qu’il a fait lorsqu’il était au pouvoir, les décisions prises sous son administration, ses résultats et les engagements qui n’ont pas été tenus.

Ayiti, se moun li pa genyen ?

C’est probablement l’une des questions les plus dérangeantes à l’approche des élections de 2026.

Haïti dispose pourtant d’importantes compétences, aussi bien sur le territoire national que dans la diaspora. Juristes, économistes, entrepreneurs, enseignants, médecins, ingénieurs, universitaires, cadres du secteur privé, professionnels de la sécurité et responsables communautaires sont nombreux à pouvoir contribuer à la gestion du pays.

Une nouvelle génération cherche également à émerger, mais reste encore peu présente dans les principaux espaces où se négocie le pouvoir.

Alors pourquoi retrouve-t-on autant de fois les mêmes noms lorsqu’une échéance politique approche ?

Le problème n’est peut-être pas l’absence de personnes capables de diriger. Il peut aussi se trouver dans un système où ceux qui disposent déjà de structures politiques, de ressources, d’alliances et de réseaux partent avec une longueur d’avance.

Le renouvellement de la classe politique ne signifie pas qu’il faut automatiquement écarter tous ceux qui ont déjà exercé des responsabilités. Mais un système démocratique doit aussi être capable d’ouvrir la voie à d’autres profils et à une nouvelle génération de dirigeants.

Les médias devront aussi faire leur travail

Cette période électorale sera également un test pour la presse haïtienne.

Les médias ne pourront pas uniquement couvrir les meetings, reprendre les communiqués et relayer les promesses des candidats. Les parcours devront aussi être examinés.

Lorsqu’un ancien responsable revient au premier plan, ses fonctions passées, son bilan et les sanctions officielles dont il fait éventuellement l’objet doivent pouvoir être rappelés.

Les personnes concernées doivent également avoir la possibilité de répondre.

Une accusation doit être présentée comme une accusation. Une sanction comme une sanction. Une condamnation judiciaire comme une condamnation judiciaire.

Le rôle de la presse n’est pas de condamner à la place de la justice, pas plus qu’il n’est d’effacer le passé d’une personnalité politique lorsqu’une nouvelle campagne commence. Il consiste à présenter les faits et à donner au public les éléments nécessaires pour comprendre les enjeux.

2026, une élection mais aussi un test de renouvellement

Les élections de 2026 ne détermineront pas seulement les noms des prochains dirigeants. Elles permettront aussi de mesurer la capacité du système politique haïtien à se renouveler.

Après des années de crise, la population devra regarder les programmes proposés, mais aussi les parcours de ceux qui demandent sa confiance.

Les sanctions internationales ne remplacent pas la justice et ne doivent pas être présentées comme des condamnations judiciaires. Mais elles font désormais partie du parcours public de plusieurs personnalités qui continuent d’exercer une influence sur la politique haïtienne.

Elles ne peuvent donc pas être simplement ignorées au moment où le pays se prépare à choisir ses prochains dirigeants.

La question des élections de 2026 ne sera finalement pas seulement de savoir qui veut gouverner Haïti, mais aussi quels acteurs, quelles alliances et quelles pratiques accompagneront le prochain pouvoir.

Et derrière ce débat demeure une interrogation que le retour des mêmes figures ne cesse de ramener au premier plan :

Haïti dispose-t-elle réellement d’un choix politique nouveau ?

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