Le projet Delidoc , utile ? Mais à quel prix ?

Revital Lynch
ParRevital Lynch
le projet delidoc , utile mais à quel prix

Depuis le lancement du programme Humanitarian Parole, par le gouvernement de Joe Biden, les processus de demande et d’obtention de passeport sont devenus un véritable calvaire pour les haïtiens. De complications en complications, les contribuables se retrouvent dans une situation où le chaos règne et domine dans la quasi-totalité des bureaux et annexes de l’immigration.

Lancé officiellement le 6 janvier 2023, le programme Humanitarian Parole ou encore pwogram Biden (autre dénomination attribuée par le peuple Haitien au dit programme – ndlr) complique au quotidien la vie des contribuables haïtiens qui souhaitent obtenir un passeport ou une carte d’identification nationale. Les prix ont augmenté systématiquement, l’accès aux différents documents garantissant l’obtention d’un passeport en Haïti est devenu de plus en plus difficile.

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Le 23 janvier 2023, aux environs de six heures dans la matinée, au bureau logé à la Mairie de Tabarre, une mère accompagnée de son enfant de 7 ans, se plaint de la situation : “Menm jan yo fè pou gaz la, raketè yo vle vin rich sou do nou”. Dans une longue file d’attente de 239 personnes et qui s’allonge toutes les minutes, cette mère en 78e position espère pouvoir effectuer des démarches afin d’obtenir son passeport ainsi que celui de sa fille de 7 ans, présente depuis cinq heures du matin. Elle a dû laisser la Croix des Bouquets, un lieu dominé par des bandits sans pitié, où l’insécurité bat son plein, une bonne trentaine de minutes avant 5 heures pour s’assurer une meilleure place dans cette ligne afin d’avoir une chance d’obtenir ses passeports. Elle explique, lors d’un entretien, qu’elle veut envoyer les premières pages à son mari qui veut remplir le formulaire de l’USCIS et permettre à sa famille de quitter le pays.

Jacky, un autre citoyen, un jeune homme de 35 ans, documents en mains (droit de passeport, de sa carte d’identification nationale, de son extrait des archives ainsi qu’une de son matricule fiscale), copies et originaux, effectue des démarches, lui aussi, pour déposer ses documents et obtenir une fiche qu’il doit remettre à un contact qui lui promet de lui faciliter l’obtention de la première page du passeport afin de poursuivre les processus déjà entamé par sa famille.

A la fin de la journée, les deux cas ont témoigné de leur déception à cause de la réaction arbitraire des agents de la police nationale d’Haïti qui ont bombardé les contribuables de gaz lacrymogène.

La situation n’est pas différente dans les autres bureaux. Qu’il s’agit de Delmas 31, du Parc SONAPI, au commissariat de Delmas 33 ou au Parc Sainte Thérèse de Pétion-Ville, ainsi que dans les ville de provinces, les contribuables sont rackettés et ils doivent verser entre 50 000 à 75 000 gourdes pour obtenir un passeport qui aurait dû coûter moins de 10 000 gourdes.

Delidoc ou un outil de nouvelles complications ?

Prétextant vouloir améliorer les conditions des contribuables pour l’obtention des passeports et des cartes d’identification nationale, le gouvernement d’Ariel Henry a présenté le 31 mars 2023, un projet intitulé Delidoc qui se veut un site web sur lequel on aurait dû procéder de ces documents plus facilement. Mais, aussi utile que puisse être cette décision, rien n’est encore gagné.

Loin des débats sur le niveau de sécurité du projet qui demeure encore un mystère, les suivi des demandes demeurent encore compliqués, même trop compliqué pour une population qui a du mal à s’adapter à la technologie. Dès le lancement de la version d’essai, le projet affiche de nombreuses failles que les programmeurs dudit site doivent fixer.

Malheureusement, le 10 avril 2023, l’Etat Haïtien, sans tenir compte de toutes les complications du projet, exige que les Centres de Réception et de Livraison des Documents d’Identité (CRLDI) de la zone métropolitaine de Port-au-Prince ne reçoivent que les demandes ayant une confirmation de rendez-vous dûment rempli sur le site Delidoc.gouv.ht, selon le Directeur Général de l’Office national d’identification (ONI), M. Reynold Guerrier.

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Si certains citoyens témoignent des bienfaits du projet Delidoc, d’autres ne font que constater l’imminence d’un échec. Nombreux sont les plaignants qui n’arrivent pas à remplir le formulaire en ligne.

Des techniciens ont évalué de nombreux aspects du site et ils ont conclu que cet outil est loin d’être efficace. Chaque étape présente son propre lot de complications. Ils ont conclu que ce site pourrait être une menace pour ses utilisateurs, car leurs données personnelles sont loin d’être en sécurité. Un ingénieur en informatique a donné son avis sur le sujet, il estime que le problème ne vient pas du fait que les données ne sont pas en sécurité mais d’une mauvaise hiérarchie des données qui certaines fois s’acheminent mal. D’autres utilisateurs peuvent se retrouver avec plusieurs informations concernant d’autres utilisateurs en plus des siens. Imaginez que ces données tombent entre de mauvaises mains!

 

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Par ailleurs, un témoin rapporte qu’il n’arrive même pas à franchir la première étape qui consiste à remplir les sections relatives aux informations de l’ONI et de la DGI.

Nombreux sont ceux qui se plaignent du problème de droit de passeport. C’est le cas d’un jeune journaliste qui souhaite remplir le formulaire sur le site, malheureusement il n’arrive pas à franchir la première étape. Une fois qu’il saisit les 10 chiffres de son NIF (Numéro d’Immatriculation Fiscale), le site affiche le message « Pas de droit de passeport pour ce NIF ». Il certifie qu’il s’est procuré dudit document au bureau de la DGI (Direction Général des Impôts) de Carrefour Ti four le 23 janvier 2023.

Interrogé sur la possibilité que le droit de passeport soit expiré, un cadre de la DGI confirme que le document en question n’expire pas avant le 30 septembre 2023, date qui marquera la fin de l’année fiscale. Dans ce cas présent c’est le site Delidoc qui présente une faille et non le document ni la DGI.

Un autre citoyen rapporte qu’il a eu la chance de franchir les quatre étapes mais n’arrive pas à franchir la phase finale, celle de la soumission du formulaire. A chaque fois, le site le renvoie au début du processus à la première étape.

L’ancien directeur général du Conatel, Jean Marie Altema, plus de 20 ans d’expérience dans le secteur numérique, responsable de profIT Development Consulting, juge que le système Delidoc donne de nombreux messages d’erreur.

“Tou sa m eseye apre anpil pasyans, mwen pa ka fè similasyon randevou pou demann paspò sou Delidoc la”, rapporte Jean Marie Altema dans une série de Tweet après le lancement du projet, plus loin, il ajoute : “sistèm nan lan, li ban m anpil mesaj erè m pa konprann. Li pa janm rive jenere yon konfimasyon. Anplis, moun konfime m yo gen randevou lòt moun ak anpil done pèsonèl yo”.

Il est vrai que l’ancien DG Conatel trouve que delidoc.gouv.ht soit une bonne initiative, compte tenu du contexte et des facilités offertes par la technologie. Cependant, si le système reste ainsi, s’ajoutant à la faiblesse administrative de l’État, le Delidoc sera plus qu’un échec. Cela risque de compromettre les données personnelles des citoyens.

Si de nombreux citoyens témoignent de ces difficultés, d’autres sont heureux de vanter qu’ils ont pu décrocher un rendez-vous grâce au site, mais comment ont-ils fait ?

Delidoc et une alternative qui coûte encore aux contribuables
Dès le lancement du site, les autorités ainsi que la cellule Gouvernance savaient qu’il ne serait que graduellement opérationnel. A l’instar du processus du lancement du site qui visiblement se classe dans le cadre d’une simple improvisation, le projet aussi paraît ne pas se démarquer de cette première impression.

Ils sont nombreux, ceux qui n’arrivent pas à soumettre une demande via le miraculeux outil du gouvernement d’Ariel Henry et ceux qui y arrivent sont aussi nombreux à témoigner qu’ils ont dû verser un frais qui varie entre 2500 gourdes à 10 000 gourdes, tout dépend du racketteur qui offre le service.

Ces témoignages suscitent une nouvelle question, comment ces racketteurs ont pû trouver une alternative pour contourner ce lot de problèmes ?

“Li pa fasil pou m jere tout kliyan m yo, paske gen anpil pwoblèm sou sit la, pafwa mwen oblije remèt moun lan kòb li… Mwen konn rete ap veye sit la depi minui pou 3h du matin nan le sa yo bagay yo pi fasil”, a-t-on appris d’un jeune informaticien qui profite des complications du projet Delidoc pour se faire un peu d’argent.

“Ajans yo peye m 2500 goud paske yo banm anpil moun e senp sitwayen yo peye m 5000 goud”, declare un autre informaticien racketteur qui s’est vanté pouvoir faciliter la demande à n’importe qui. Entre autres, un de ces clients explique que ce dernier a même la solution du fameux message « Pas de droit de passeport pour ce NIF ». “Li di nou l gen moun li nan DGI ki ka regle sa pou li…”, a ajouté le client à son témoignage. Mais, ce client a dû payer le prix fort, en plus des 15 000 gourdes qu’il a dû verser à un racketteur de la DGI pour lui procurer Matricule Fiscale et Droit de Passeport (ndlr : document communément appelé timbre de passeport), il a encore versé 12 500 gourdes pour que ce dernier puisse remplir le formulaire.

Delidoc ne répond pas sur tous les appareils
La quasi-totalité des haïtiens n’ont accès à internet que via leurs portables. Malheureusement, le site Delidoc ne facilite pas à ceux-là l’opportunité de remplir le formulaire via leur appareil mobile.

Ceux qui y arrivent doivent avoir une très bonne connaissance du milieu informatique pour pouvoir saisir la date de naissance car ils doivent naviguer mois par mois de la date du jour jusqu’à leurs dates de naissance et la moindre petite erreur ils doivent répéter le même processus.

“Yo te ka fè l senp, jis mete yon chan pou moun yo rantre dat anivèsè yo”, avis d’un informaticien, webmaster, détenteur d’une maîtrise II en informatique. “Mwen ret kwè se sa yo te vle fè men nan presipite yo pa teste site la pou yo rann yo compte gen erreur sa pou partie mobile la”, ajoute ce dernier. “Mwen pap oze di site la pa bon men ingénieur an ta dwe repanse yon pakèt bagay, soti nan problèm base de données rive nan lot ti souci technique moun ap rankontre chak jou”, conclut-il.

Delidoc un coup bien tenté et qu’en est-il des calculs ?

Il est vrai que ce projet résout le problème des longues files d’attente devant les bureaux de l’immigration, mais ce qu’une partie du problème. Il y a encore des contribuables qui se plaignent des soucis de la livraison, ils sont toujours rançonnés par les racketteurs quand ils veulent obtenir leurs passeports.

“Mwen te reziye m mwen bay 10 000 goud pou m jwenn passport a, jan peyi sa ye la si se pa sa pa gen lòt choix non”, déplore Maxime qui ne pouvait pas faire autrement car il savait que le passeport était là mais il ne pouvait l’obtenir que s’il versait un pot de vin.

Un jeune homme se plaint qu’il habite à Port-au-Prince et qu’il a appris que son passeport a été livré à Hinche. “Bagay sa son jwet kote m pral pase pou m al jus Hinche, jan bagay yo ye nan Pays sa”, se plaint-il.

En effet, le projet Delidoc ne projette réellement aucune autre image que celle d’une improvisation du gouvernement car rien n’est complètement gérer dans la formalité. Les problèmes et les imprévus défient au quotidien le projet et visiblement l’équipe qui travaille sur ce projet ne projette aucune image d’une équipe qui cherche à résoudre les problèmes, certains d’entre eux préfèrent faire l’avocat sur twitter et comparer leur échec aux failles du site USCIS qui a la seule différence s’améliore constamment.

Si le projet Delidoc n’est pas un échec comme le prétendent ces concepteurs, il est loin d’être une solution. Les contribuables sont toujours rançonnés, soit par faute de professionnalisme ou tout simplement l’incompétence des ingénieurs et concepteurs du site ou par manque de planification des autorités du gouvernement.

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Ray est un jeune web entrepreneur et journaliste évoluant dans le monde du multimédia. Il est un passionné de la technologie et de ses sciences connexes.