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International : L’armée birmane déclare l’état d’urgence pour un an

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(Rangoun) L’armée birmane a proclamé lundi l’état d’urgence pour une période d’un an et nommé un général président par intérim, après avoir arrêté la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi et d’autres hauts responsables, un geste dénoncé par le parti de la dirigeante comme étant un « coup d’état ».

Cette décision est nécessaire pour préserver la « stabilité » de l’État, ont fait savoir les militaires dans une déclaration sur la chaîne de télévision de l’armée NAME. Ils ont accusé la commission électorale de ne pas avoir remédié aux « énormes irrégularités » qui ont eu lieu, selon eux, lors des législatives de novembre, remportées massivement par le parti d’Aung San Suu Kyi.
Ces arrestations interviennent alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session dans quelques heures.
L’accès à internet était gravement perturbé dans le pays.

« Les perturbations ont commencé lundi vers 3 heures du matin […] et sont susceptibles de limiter la couverture des évènements » actuels, a mis en garde l’ONG Netblocks, spécialisée dans internet.

Les communications téléphoniques, notamment vers et depuis Naypyitaw, sont aussi très perturbées, selon des journalistes de l’AFP.
Les États-Unis ont exigé dimanche la libération par l’armée birmane de plusieurs dirigeants interpellés, dont la chef de facto du gouvernement Aung San Suu Kyi, et menacé de réagir en cas de refus.
« Les États-Unis s’opposent à toute tentative de modification des résultats des récentes élections ou d’entrave à une transition démocratique en Birmanie et vont agir contre les responsables si ces mesures (les arrestations, NDLR) ne sont pas abandonnées », a dit dans un communiqué la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki.
Nous « exhortons l’armée à adhérer aux normes démocratiques et au respect de l’État de droit et à relâcher les personnes arrêtées aujourd’hui », a-t-elle ajouté.

L’Australie a aussi appelé l’armée birmane à libérer Aung San Suu Kyi et d’autres dirigeants politiques, l’accusant de « chercher une fois de plus à prendre le contrôle » du pays.
« Nous appelons l’armée à respecter l’État de droit, à résoudre les différends par des mécanismes légaux et à libérer immédiatement tous les dirigeants (politiques) issus de la société civile et les autres personnes détenues illégalement », a déclaré Marise Payne, la ministre des Affaires étrangères.

Fraudes par « millions »

Les militaires dénonçaient depuis plusieurs semaines plus d’une dizaine de millions de cas de fraudes lors des législatives de novembre, remportées largement par la LND, déjà au pouvoir depuis 2015.

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Ils exigeaient que la commission électorale dirigée par le gouvernement publie la liste des électeurs à des fins de vérification –ce que la commission n’a pas fait.
Sous prétexte de la pandémie de coronavirus, les élections « n’ont pas été libres, ni justes », avait assuré la semaine dernière le porte-parole de l’armée, le major général Zaw Min Tun.

Les craintes avaient encore grandi quand le chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing-sans doute l’homme le plus puissant de Birmanie – avait déclaré que la constitution pouvait être « révoquée » dans certaines circonstances.
Plus d’une dizaine d’ambassades, dont celle des États-Unis et la délégation de l’Union européenne, avaient alors exhorté la Birmanie à « adhérer aux normes démocratiques », s’inquiétant d’un possible coup d’État.

« (Nous) nous opposons à toute tentative de modifier le résultat des élections ou d’entraver la transition démocratique en Birmanie », avaient-elles écrit.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait également exprimé sa « grande inquiétude ».
La Birmanie est sortie il y a tout juste 10 ans d’un régime militaire au pouvoir pendant presque un demi-siècle. Les deux derniers coups d’État depuis l’indépendance du pays en 1948, remontent à 1962 et 1988.
« Relation compliquée »

Le parti d’Aung San Suu Kyi, très critiquée à l’international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingya (des centaines de milliers d’entre eux ont fui en 2017 les exactions de l’armée et se sont réfugiés au Bangladesh voisin) mais toujours adulée par une majorité de la population, avait remporté une victoire écrasante en novembre.
Il s’agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte.
En 2015, la LND avait obtenu une large majorité. Mais elle avait été contrainte à un délicat partage du pouvoir avec l’armée qui contrôle trois ministères clés (l’Intérieur, la Défense et les Frontières).
« La relation entre le gouvernement et les militaires était compliquée », déclare à l’AFP Hervé Lemahieu, spécialiste auprès de l’institut Lowy en Australie. « Ce régime hybride, pas tout à fait autocratique ni tout à fait démocratique, s’est effondré sous le poids de ses propres contradictions ».
Longtemps exilée en Angleterre, Aung San Suu Kyi, aujourd’hui âgée de 75 ans, est rentrée en Birmanie en 1988, devenant la figure de l’opposition face à la dictature militaire.

Elle a passé 20 ans en résidence surveillée avant d’être libérée par l’armée en 2010.

AFP

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