Mackendy Jeunay, une voix critique sur l’autorité spirituelle

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Mackendy Jeunay, une voix critique sur l’autorité spirituelle

À première vue, Mackendy Jeunay ne correspond pas au profil classique du polémiste religieux que l’on croise facilement ici et là. Son ton est posé, son raisonnement mesuré et sa démarche méthodique. Pourtant, il porte une critique profonde d’un phénomène désormais largement répandu dans de nombreuses Églises : la paternité spirituelle.

Né à Carrefour le 28 mai 1977, Mackendy Jeunay y a grandi dans un contexte marqué par l’instabilité, qui l’a sensibilisé très tôt à la fragilité de l’autorité lorsqu’elle n’est pas solidement encadrée par des institutions. S’il élève aujourd’hui une voix singulière dans les milieux ecclésiaux, ce n’est pas pour nourrir le chaos, mais parce que son parcours l’a conduit à explorer certains sujets sensibles avec rigueur et profondeur.

Son travail s’inscrit ainsi à la croisée de la recherche académique et de l’expérience du terrain.

Une conversion décisive

Rien, à première vue, ne semblait le prédestiner à emprunter le chemin de la foi. Sa conversion, dit-il, a presque eu lieu « par accident ». Alors qu’il devait participer à une activité mondaine, il décide finalement d’accompagner son frère aîné à une rencontre religieuse.

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« Ce choix, qui semblait anodin sur le moment, a marqué le début de mon cheminement spirituel », reconnaît-il.

Cette expérience a contribué à faire de la foi un axe central de sa vie intellectuelle et personnelle. En évoluant dans cet univers, il a progressivement développé un regard critique sur certaines pratiques religieuses, notamment sur la manière dont l’autorité spirituelle est parfois conçue et exercée.

Une formation au service de l’analyse

Sa formation orientée vers l’analyse sociale l’a naturellement poussé à questionner certains modèles religieux dominants. Il aurait pu devenir psychologue, mais choisit finalement la sociologie à la Faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti.

Cette formation lui fournit les outils nécessaires pour comprendre les structures sociales, les mécanismes d’influence et les comportements collectifs. Elle lui permet aussi de mieux observer le décalage entre le cœur du message évangélique et certains modèles de gouvernance religieuse où l’autorité se concentre au point de créer une dépendance durable.

Sa posture, insiste-t-il, n’est pas celle de la rupture, mais celle d’une exigence de cohérence.

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« Si une structure rend la dépendance durable, elle mérite d’être examinée même lorsqu’elle est portée par des intentions sincères. »

Avec le temps, cette réflexion s’approfondit grâce à un master en études humanitaires à Genève. Ce séjour représente pour lui une ouverture décisive. Il découvre alors comment Haïti est analysée à travers des cadres théoriques internationaux.

« À la bibliothèque de l’Institut des Hautes Études Internationales de Genève, un rayon entier était consacré à Haïti. Voir mon pays analysé à travers des cadres théoriques internationaux m’a obligé à prendre du recul et à confronter mon expérience aux travaux académiques. »

De cette expérience naît une conviction : les fragilités institutionnelles d’Haïti ne sont pas seulement conjoncturelles, mais structurelles. Une réflexion qu’il poursuit aujourd’hui dans le cadre d’un doctorat à Euclid University, centré sur les États fragiles.

Une expérience de terrain déterminante

Au-delà du monde académique, Mackendy Jeunay s’est forgé une solide expérience au sein d’organisations internationales et non gouvernementales. Il est cofondateur d’ACTIF, structure qu’il a dirigée pendant plusieurs années.

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Cette expérience lui a permis d’en faire à la fois un espace d’action et un laboratoire de pensée. Il y a observé, sur le terrain, des dynamiques parfois paradoxales : des programmes bien intentionnés pouvant produire, au final, des effets inattendus.

Selon lui, l’aide extérieure dans les contextes fragiles peut parfois créer de nouvelles formes de dépendance lorsqu’elle ne renforce pas réellement les capacités locales. Cette réalité a contribué à nourrir sa méfiance à l’égard des structures dont les discours ne s’accompagnent pas de mécanismes concrets de responsabilité.

Il défend ainsi une approche fondée sur la légitimité, la participation effective et la redevabilité.

Une réflexion théologique sur la « paternité spirituelle »

Le travail théologique de Mackendy Jeunay s’articule principalement autour de la question de l’autorité. Son objectif est de clarifier la notion de « paternité spirituelle », largement répandue dans de nombreux milieux ecclésiaux.

Selon lui, cette notion, qui désigne une relation entre un leader religieux et ses disciples, relève souvent d’une confusion entre métaphore biblique et doctrine. Il ne s’agit pas, dit-il, d’une critique fondée sur des impressions personnelles, mais d’une réflexion construite sur une analyse rigoureuse du religieux.

Sa démarche est influencée notamment par les travaux de Max Weber et d’Alfred Kuen, auteurs respectifs de L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme et de Comment interpréter la Bible.

Pour lui, lorsque les Écritures sont interprétées en dehors d’un cadre exégétique sérieux, cela peut engendrer une dynamique de dépendance durable qui freine la croissance spirituelle et sociale des croyants, tout en influençant la structure même des Églises.

Dans un livre à paraître, Mackendy Jeunay identifie plusieurs signes révélateurs de cette dérive : confusion des rôles, absence de redevabilité, recours à la peur ou à la culpabilité pour maintenir l’autorité.

« Une relation saine forme des consciences libres et responsables. Lorsqu’elle produit de la crainte ou une dépendance durable, elle a franchi une limite. »

Entre adhésion et contestation

Les prises de position de Mackendy Jeunay suscitent des réactions contrastées. Certains saluent la rigueur exégétique de sa démarche. D’autres y voient une remise en cause de l’autorité établie, ce qui, dans le contexte culturel haïtien, n’a rien de surprenant.

L’intéressé lui-même reconnaît que ce contraste est compréhensible. Interroger les formes d’autorité, dit-il, revient inévitablement à toucher à des identités, à des loyautés et parfois à des équilibres institutionnels sensibles.

« L’Église ne vit pas en vase clos »

Si sa réflexion vise avant tout le cadre ecclésial, Mackendy Jeunay estime toutefois que les enjeux dépassent largement la sphère religieuse. L’Église, rappelle-t-il, évolue dans une société aux institutions fragiles, où les mêmes logiques d’autorité, de responsabilité et de redevabilité se retrouvent à d’autres niveaux.

À ses yeux, l’essentiel est d’ouvrir un espace de réflexion au sein de l’Église sur ces questions. Faute de quoi, la personnalisation du pouvoir risque de s’installer durablement.

Un débat éclairé, estime-t-il, pourrait non seulement contribuer à rééquilibrer les rapports d’autorité dans les Églises, mais aussi, à plus grande échelle, participer à l’émergence d’une culture plus large de la responsabilité, de la redevabilité et de la confiance en Haïti.

Le véritable enjeu, selon lui, n’est donc pas de provoquer une rupture, mais de restaurer une autorité enracinée dans la responsabilité et la maturité.

Il reconnaît néanmoins que ce type de réflexion comporte des risques. Les critiques, les malentendus et les résistances accompagnent souvent les sujets sensibles. Mais, à ses yeux, le plus grave resterait le silence, qui finit toujours par laisser le champ libre au désordre.

Par Jean Rony

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Jean Daniel Pierre, journaliste-rédacteur, présentateur et créateur de contenu, compte plus de quatre ans d’expérience dans les médias. Diplômé en comptabilité et certifié en journalisme numérique, avec un intérêt pour l’investigation et l’analyse numérique.