Voyager en province : entre péages de gangs et absence de police

Par
Mackendy Filderice
Rédacteur
Étudiant en sciences politiques à l'Université Quisqueya, Journaliste-Rédacteur à Netalkolemedia, Publiciste, Humanitaire. Amoureux de la vie et de l'apprentissage.
- Rédacteur

En raison de l’insécurité croissante, les déplacements dans les villes de province requièrent désormais une vigilance accrue et une adaptation des comportements.

Se rendre dans les villes de province d’Haïti est devenu un voyage où l’insécurité dicte de nouveaux comportements aux voyageurs. Les passagers, craignant pour leur sécurité, adoptent des mesures strictes : plus d’écouteurs, les téléphones restent dans les sacs en mode silencieux, on ne détourne pas les yeux dans les zones hostiles, et les conversations entre passagers sont réduites au minimum pour ne pas éveiller les soupçons. Le silence règne tout au long du trajet, transformant le voyage en une expérience lugubre.

« Pas d’écouteurs, téléphone en mode silencieux dans le sac, et surtout éviter les regards indiscrets dans les zones à risques », explique Esther, une passagère régulière. « C’est comme un silence de cimetière dans le bus, personne n’ose parler.

Cette situation d’insécurité a également des répercussions économiques. Les coûts de transport augmentent considérablement en raison des péages imposés par les gangs. Ces derniers, agissant en toute impunité, exigent des sommes d’argent pour laisser passer les véhicules, ajoutant un fardeau supplémentaire aux voyageurs. Pendant ce temps, l’Etat semble impuissant, voire complice par son inaction, face à cette prise de contrôle des routes par les gangs.

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« C’est devenu une sorte de taxe informelle qu’il faut payer pour aller d’une région à l’autre », explique un autre passager. « L’Etat est totalement passif face à cette situation. Les postes de police sont soit détruits, soit infiltrés par les gangs eux-mêmes ».

L’absence des forces de l’ordre est criante. Les passagers ne voient presque jamais de présence policière pour assurer leur sécurité. En effet, la plupart des commissariats sont sous le contrôle des gangs, notamment sur la route reliant l’Ouest aux départements du Centre et du Nord d’Haïti. Les commissariats, souvent attaqués et détruits, laissent les routes sans surveillance, renforçant le sentiment d’abandon des citoyens.

Sur la route reliant l’Ouest aux départements du Centre et du Nord, la présence policière est quasi inexistante. « C’est comme si nous étions abandonnés à notre sort », déplore un commerçant qui doit souvent se déplacer pour son commerce. « Nous n’avons pas d’autre choix que de prendre ces risques, sinon comment continuer à vivre ? »

Cette situation crée un cercle vicieux, où l’insécurité incite à la prudence excessive et où l’absence de sécurité renforce l’emprise des gangs. Les voyageurs, entre résignation et peur, continuent néanmoins à se déplacer, bien que chaque voyage soit un rappel poignant de la fragilité

 

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Source Photo: Le National

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