Qui a assassiné Thomas Sankara ? La question d’un procès 34 ans plus tard

Revital Lynch
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Revital Lynch
Ray est un jeune web entrepreneur et journaliste évoluant dans le monde du multimédia. Il est un passionné de la technologie et de ses sciences connexes.

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara, le Che Guevara africain, figure emblématique du panafricanisme, président du Burkina Faso, fut assassiné lors d’un coup d’État. Blaise Compaoré, camarade de Sankara, accéda au pouvoir. Durant toute l’administration de ce dernier, les circonstances du crime sont restées obscures jusqu’à la chute de Compaoré en 2014. Finalement, le 11 octobre 2021, à Ouagadougou, un procès s’ouvre sur cette affaire qui suscite tellement de questions, la plus pertinente de toutes, se penche sur les vrais responsables de ce crime. Qui a assassiné Thomas Sankara ?

Trente-quatre ans après l’assassinat du président burkinabé, Thomas Sankara et de ses compagnons, lors du coup d’État du 15 octobre 1987, s’ouvre à Ouagadougou, le procès des présumés assassins. Un procès qui pourrait marqué l’histoire.

Les noms de 14 personnes figurent sur la liste des accusés, parmi eux, celui du compagnon de Sankara, Blaise Compaoré qui a accédé au pouvoir à la suite du coup d’état, ainsi que le nom du chef du commando, Hyacinthe Kafando.

Malheureusement, les deux plus grands auteurs du crime ne seront pas sur le banc des accusés à l’occasion du procès. Hyacinthe Kafando est toujours en fuite et l’accusé le plus attendu, l’ancien président Blaise Compaoré, fut exfiltré par les troupes françaises lors de l’insurrection populaire d’octobre 2014, ce dernier s’est réfugié en Côte d’Ivoire, pays voisin.

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Par ailleurs, le général Gilbert Diendéré, qui dirigea les opérations, ainsi que Jean-Pierre Palm, alors chef d’état-major de la gendarmerie, seront présents sur le banc des accusés.

Qui était Thomas Sankara et pourquoi il est devenu une figure si emblématique ?

En 1983, le capitaine Thomas Sankara accéda au pouvoir. Sa politique allait marquer le Burkina Faso, c’est d’ailleurs sous son règne que le pays a été rebaptisé de la Haute-Volta au Burkina Faso, ce qui signifie « pays des hommes intègres ». 

Sankara avait fait de sa propre personne un exemple, il a adopté un style de vie austère. Il a coupé son propre salaire, et celui de tous les fonctionnaires.

Il avait également interdit l’utilisation des chauffeurs du gouvernement à des fins personnelles et des billets d’avion de première classe.

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La politique de Sankara s’accentuait sur un développement économique autocentré, lutte drastique contre la corruption, l’éducation fut une priorité essentielle – pendant qu’il était au pouvoir, le taux d’alphabétisation est passé de 13 % en 1983 à 73 % en 1987, et il a également supervisé une campagne de vaccination nationale massive, elle soutenait aussi la libération des femmes. Ses orientations révolutionnaires et sociales font de Sankara un symbole d’émancipation toujours vivace en Afrique. 

Il a également redistribué les terres des propriétaires féodaux pour les donner directement aux agriculteurs pauvres, ce qui a entraîné une augmentation considérable de la production de blé.

Sankara avait une capacité à mobiliser la population burkinabé et son rayonnement international, particulièrement sa prise de position en faveur de la Palestine, suscita l’exaspération des chancelleries occidentales et des dirigeants africains « amis de la France ».

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Sankara prônait l’union africaine pour s’opposer à ce qu’il a appelé le « néocolonialisme » d’institutions telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Il a dit un jour : « Celui qui te nourrit, te contrôle ».

Sankara avait adopté une politique étrangère anti-impérialiste qui remettait en cause la domination de la France, qui maintenait une énorme influence dans nombre de ses anciennes colonies en Afrique, ainsi que le Burkina Faso.

Pour de nombreux Burkinabé, Sankara avait une vision pour son peuple, auquel il a voulu offert le pouvoir. Aujourd’hui, on voit en Sankara le Che Guevara africain. Le nom même de Thomas Sankara demeure un des plus populaires en Afrique, une sorte d’icône – des autocollants arborant son visage ornent les taxis d’Afrique de l’Ouest. Certains leaders politique à l’instar de Julius Malema, le considère comme leur model.

Mais pourquoi attendre 34 ans pour un procès ?

En 1987, un commando assassina de plusieurs balles, le président Thomas Sankara, son camarade Blaise Compaoré s’empara du pouvoir. De 1987 à 2014, la justice de son régime a tout fait pour entraver l’enquête, malgré la grande campagne « Justice pour Thomas Sankara, justice pour l’Afrique ».

Diébré Jean Christophe, le médecin qui a signé le certificat de décès, dont le nom figure dans la liste des accusés, avait déclaré que l’ancien président est mort de causes naturelles. Et cette mention a demeuré ainsi jusqu’en avril 2008.

Le peuple du Burkina Faso allait faire une insurrection qui renversa Compaoré en 2014, sous la pression de la population, le gouvernement de transition allait rouvrir le dossier en février 2015.

Quatre ans, auparavant, les deux hommes avaient organisé la prise de pouvoir qui a permis à Sankara de devenir président.

Le vrai problème du procès demeurait Blaise Comparoé qui a nié à plusieurs reprises son implication dans la mort de Sankara et il a longtemps boycotté le procès. Le corps de Sankara n’a pas été retrouvé, c’est donc l’une des difficultés du procès.

Paul, le frère de Thomas Sankara, a fait savoir qu’ils ont attendu longtemps, les 27 années du régime de Blaise Compaoré avant de voir enfin la concrétisation de ce procès. Il témoigne qu’ils ne pouvaient même pas rêver sous son règne, de la possibilité d’un procès.

En 1997, Mariam, la veuve du président Sankara, a déposé une plainte pénale pour le meurtre de son mari. La Cour suprême a mis 15 ans avant de décider que l’enquête pouvait se poursuivre. Une enquête plutôt lente et qui a dû attendre la chute de Compaoré.

En 2016, les autorités Burkina Faso ont émis une demande officielle au gouvernement français afin de rendre publics les documents militaires relatifs à l’assassinat de Sankara. C’est en avril 2021 que les français ont finalement soumis les derniers dossiers qui furent la troisième étape de la déclassification des archives sollicitées par le gouvernement burkinabé.

Le 11 octobre 2021, le procès est officiellement entamé accusant 14 personnes : l’ancien chef d’état-major de Blaise Compaoré, le général Gilbert Diendéré, et 11 autres personnes devraient comparaître devant le tribunal militaire. Ils sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’État, de complicité d’assassinat et de dissimulation de cadavres.

Hyacinthe Kafando, l’ancien chef de la sécurité de Blaise Compaoré, contre lequel un mandat d’arrêt international a été lancé, est accusé d’avoir dirigé le commando qui a tué Sankara et 12 autres personnes.

L’issue de ce procès sera d’une importance capitale pour la famille du président qui a attendu 34 ans, pour le peuple Burkinabé qui a perdu un leader et pour l’Afrique en général. Entre temps, l’humanité observe l’évolution dudit procès.

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