Depuis plus d’une décennie, le pays a commémoré pour la première fois, ce 18 novembre, la journée de la Bataille de Vertières sans manifestations antigouvernementales, généralement annoncées en grande pompe à l’approche de cette journée mémorable de l’histoire d’Haïti par les différentes coalitions des partis politiques de l’opposition.
De Joseph Michel Martelly à la présidence de Jovenel Moïse, brutalement assassiné le 7 juillet 2021, passant par les trois années de l’administration du Premier ministre Ariel Henry, la commémoration du 18 novembre a été régulièrement marquée par des manifestations antigouvernementales, parfois violentes, réclamant de meilleures conditions de vie et aussi le départ des autorités en place. Qu’est-ce qui a changé en 2024 ?
Depuis la démission forcée du Premier ministre Ariel Henry en début d’année, le pays est dirigé par un Conseil présidentiel composé de neuf membres ayant tous statut de président de la République, sortis des différentes forces politiques du pays et de la société civile. Sept mois après, le pays est plongé encore plus dans le chaos, avec de nouveaux territoires tombés aux mains des gangs armés.
Entre temps, en 2024, selon les dernières estimations des Nations-Unies en Haïti et de l’ancien gouvernement, le pays est passé à plus de cinq millions de personnes en insécurité alimentaire, avec une forte expansion de la situation de famine. En seulement quatre jours, plus de 20 000 personnes ont été forcées d’abandonner certains quartiers de Port-au-Prince sous des rafales d’armes automatiques des bandits armés de Viv Ansanm, selon le dernier rapport de l’OIM.
Alors, où sont passées les belles rhétoriques d’antan : “Si n pa voye Jovenel ale n ap mouri !” et “Ariel pase l kraze peyi n, nou pa gen kay pou n rete…” La récente prise de Solino a causé la destruction d’une dizaine de maisons et des personnes tuées dans ce quartier de la capitale, qui était depuis dix-neuf mois la cible des gangs armés. Malgré tout, après quelques tweets, cette situation semble loin d’être une priorité pour les nouveaux chefs autrefois opposants.
L’histoire retiendra, en dehors des nombreuses scènes de violences ayant touché considérablement la population civile des quartiers de Port-au-Prince et du département de l’Artibonite, aucune manifestation politique n’a été remarquée le 18 novembre 2024 dans les rues de la capitale pour protester contre l’exécutif, tout comme le 17 octobre dernier. Par conséquent, le Conseil présidentiel, présidé par Leslie Voltaire, a réussi à évincer Garry Conille de la Primature pour nommer Alix Didier Fils-Aimé comme nouveau chef de gouvernement. Haïti est plus que jamais livrée à elle-même !

