Alors que l’insécurité gangrène le quotidien des Haïtiens, la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) devient elle-même un symbole des contradictions et des limites de l’intervention internationale en Haïti. Plus de six mois après son déploiement, les résultats escomptés tardent à se matérialiser, soulevant des questions sur son efficacité réelle et la pertinence des stratégies adoptées.
Une mission paralysée par l’inaction
Depuis son arrivée en juin 2024, la MMAS, composée de quelque 400 policiers kenyans, 22 jamaïcains et 6 bahaméens, peine à répondre aux attentes de la population haïtienne. Alors que leur présence avait suscité un certain espoir, la réalité actuelle est bien sombre : les bandes armées continuent d’étendre leur influence, renforçant leur contrôle sur des territoires clés et multipliant les exactions.
Malgré des promesses fermes, comme celles du commandant Godfrey Otunge, qui avait prévenu les gangs que leurs jours étaient comptés, aucun progrès significatif n’a été enregistré. En revanche, les gangs semblent mieux organisés et plus audacieux, plongeant la population dans un climat d’insécurité extrême.
Une population abandonnée
La population civile, première victime de cette insécurité persistante, vit dans une terreur constante. Dans des quartiers comme Solino, les habitants sont chassés de chez eux par la coalition de gangs Viv Ansanm, abandonnant leurs biens dans l’espoir d’échapper à la violence. Ces communautés majoritairement pauvres paient le prix de l’inefficacité du MMAS et de la fragilité de l’État haïtien.
MMAS, victime ou complice ?
L’inaction du MMAS a conduit certains observateurs à se demander s’il est simplement dépassé par la situation, ou si son incapacité reflète une forme de complicité tacite. En effet, l’impression générale est que les forces déployées se contentent de jouir des privilèges de leur mission, sans apporter de solutions concrètes à la crise sécuritaire.
Un nouvel échec pour la communauté internationale
Face à cet échec patent, certaines voix s’élèvent pour demander la transformation de la mission. L’Organisation des Nations unies (ONU) et l’Organisation des États américains (OEA) envisagent déjà d’en reprendre le contrôle, reconnaissant implicitement l’inefficacité de la MMAS. Mais cette nouvelle intervention pourra-t-elle répondre aux besoins réels du pays en matière de sécurité, ou ne sera-t-elle que la énième d’une série d’initiatives internationales infructueuses ?
Un avenir incertain pour Haïti
La situation actuelle met en évidence le besoin urgent de solutions appropriées, ancrées dans les réalités locales et conçues pour renforcer véritablement la Police nationale d’Haïti (PNH). Sans un changement de cap clair et une implication sérieuse des acteurs internationaux et nationaux, l’insécurité continuera à se développer, condamnant la population haïtienne à une vie de peur et de précarité.
Le véritable défi pour Haïti réside dans la capacité de ses partenaires internationaux à reconnaître leurs échecs, à écouter les besoins de la population et à développer des stratégies durables. La question demeure : qui osera rompre le cycle des missions ponctuelles pour redonner espoir à un pays en quête de sécurité et de dignité ?



