OPINION

La réflexion du péché et de l’humanité

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La maladie comme conséquence du péché de l’individu malade ? 

Quelques textes suggèrent que la maladie d’un individu peut être la conséquence directe de son péché (par exemple Jc 5.16). Cela se conçoit facilement lorsque celui-ci a un comportement à risque ou un mode de vie qui met en danger sa santé (excès d’alcool ou de tabac, mauvaise hygiène de vie, pratiques sexuelles à risque, etc.). La Bible contient aussi des exemples de cas où Dieu manifeste son jugement individuel en envoyant une maladie, comme pour Myriam (Nb 12.10), le roi Osias (2 Chr 26.16-21) ou le faux prophète Elymas (Ac 13.11).

Néanmoins, le livre de Job ou le cas de l’aveugle guéri par Jésus (Jn 9.1-3) nous invitent à la prudence : la maladie n’est pas toujours une conséquence directe du péché de l’individu malade. Les amis de Job sont sévèrement réprimandés par Dieu pour avoir insinué que le péché de Job était la cause de sa maladie (Jb 42.7-8). Inversement, les évangiles nous laissent l’exemple de l’attitude de Jésus envers les malades : une attitude avant tout marquée par la compassion (Mt 14.14 ; Mc 1.41). 

Et le rôle du diable dans la maladie ? 

Si la maladie est avant tout une conséquence générale du péché de l’humanité, plusieurs textes montrent que Satan est aussi acteur dans la maladie. Dès Genèse 3, on observe que, si l’être humain est pleinement responsable et coupable devant Dieu, le serpent est celui qui a poussé Adam et Eve vers l’arbre de la mort. Satan est celui qui frappe Job de maladie (Jb 2.7), même s’il ne peut le faire que parce que Dieu l’y autorise (Jb 2.4-6). Dans les évangiles de Matthieu et de Luc, la distinction entre maladie et action démoniaque n’est pas toujours très claire. Jésus est plusieurs fois présenté comme « guérissant » quelqu’un en « chassant un démon » (voir, par exemple, Mt 12.22; 15.21-28; 17.14-18; Lc 8.2). Cela montre que ce que nous appellerions maladie dans notre langage d’aujourd’hui est parfois présenté par la Bible comme lié à une activité démoniaque. Après tout, la Bible montre que le diable est l’instigateur du péché dont l’être humain est pleinement responsable et qui a pour conséquence la maladie et la mort. Ainsi, en Actes 10.38, Paul rappelle que Jésus, « guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ». 

Les épidémies comme signes du jugement de Dieu 

De façon systématique, les textes bibliques présentent les épidémies comme des manifestations du jugement de Dieu. Au sein de la Loi donnée à Israël, les épidémies font

partie des malédictions divines liées à la rupture de l’alliance (Lv 26.16, 25 ; Dt 28.21-22). Cette manifestation du jugement de Dieu sur son peuple désobéissant est rappelée à plusieurs reprises dans les livres des Rois ou des Chroniques (1 R 8.37 ; 2 Chr 6.28; 7.13; 20.9), ainsi que par les prophètes (p. ex. Jr 14.12; 21.6-9 ; Ez 5.12, 17). Dans ces textes, les Israélites sont appelés à comprendre ces épidémies comme un châtiment les invitant à changer d’attitude et à retourner vers le seul vrai Dieu. 

Les épidémies sont aussi un moyen utilisé par Dieu pour manifester son jugement envers les nations païennes. C’est le cas dans le cadre des plaies d’Égypte, lorsque Dieu envoie une épidémie affectant le bétail égyptien (Ex 9.1-7) ou qu’il provoque des ulcères (Ex 9.8 ki-12). Les Philistins (1 S 5.6) ou les Assyriens (2 R 19.35) peuvent aussi être affectés par des maladies envoyées par Dieu. Zacharie 14.12 évoque une épidémie eschatologique affectant les nations s’opposant au peuple de Dieu. 

Dans l’Apocalypse, plusieurs passages évoquent des épidémies destructrices envoyées par Dieu (Ap 6.8; 8.11; 16.2; 18.8). Il faut probablement comprendre ces fléaux comme des signes du jugement dernier auquel aucun être humain ne peut échapper (voir Ap 20.11-15). Face aux épidémies, les humains sont appelés à réaliser que nul ne peut éviter la mort et que tous auront à rendre des comptes devant leur créateur. Elles sont des signes d’un jugement bien plus grand et définitif : à cause de notre péché, c’est un châtiment éternel qui attend chacun d’entre nous. 

Les épidémies affectent des peuples entiers, déstabilisent des nations puissantes et provoquent la panique sur toute la terre. Même les puissants de la terre en sont réduits à se « confiner » dans des cavernes (Ap 6.15) et la richesse de « Babylone » ne lui est d’aucun secours (Ap 18.7-8). Ce sont là des signes de la puissance redoutable du divin juge. Face à cette puissance, l’être humain est appelé à réaliser son péché, à plier le genou et à implorer la grâce de Dieu. 

Le diable joue-t-il un rôle particulier dans les épidémies ? 

Dans tous les textes évoqués ci-dessus, Satan est absent de la scène. Certes, comme nous l’avons vu, la Bible montre que le diable est à l’œuvre derrière la maladie. Toutefois, à ma connaissance, aucun passage ne le présente comme responsable spécifiquement des épidémies. Dans l’Apocalypse, le diable est particulièrement actif mais ses armes ne sont pas la maladie : il cherche plutôt à séduire par la guérison miraculeuse (Ap 13.3, 12), par la puissance et les victoires (Ap 13.4, 7), par des « signes » extraordinaires (Ap 13.13; 16.14; 19.20) ou par l’attrait de la richesse (Ap 17.4). Si Satan n’est pas présenté comme jouant un rôle dans les épidémies, c’est probablement parce que celles-ci sont avant tout des signes du jugement. Or, le jugement est une prérogative divine. Les épidémies nous invitent à tourner les regards vers Dieu, et non pas vers le diable. 

Exercer le discernement 

Comme pour tout aspect de la vie chrétienne, nous sommes invités à exercer le discernement en ce qui concerne les miracles. Tous les prétendus miracles, signes et prodiges ne rendent pas forcément gloire à Dieu. Le diable peut aussi utiliser le miracle pour conduire à l’idolâtrie (voir l’Apocalypse). Et même certains qui prétendent faire des miracles « au nom de Jésus » ne sont pas vraiment des représentants du Christ (Mt 7.2223). 

Sur ce point, il est important de noter que le critère pour le discernement n’est pas la forme du miracle. Certes, il peut y avoir des imposteurs qui font de fausses guérisons. Mais, le diable est capable d’accomplir des choses véritablement extraordinaires. Il peut très bien copier certains miracles de Dieu. De même, le caractère surprenant ou bizarre du miracle n’est pas un critère de discernement : Jésus lui-même a fait des choses assez bizarres, comme cracher sur la terre pour faire la boue qu’il met sur les yeux d’un aveugle (Jn 9.6). 

En fait, le discernement entre un vrai et un faux miracle se fait avant tout sur la base du message qui accompagne le miracle. Est-ce que le miracle pointe vers le Dieu vivant, manifesté en Jésus-Christ ? Ou est-ce qu’il est là pour pointer vers la puissance du prédicateur ou l’autorité du grand serviteur bien-aimé apôtre du tout-puissant ? Ou vers toute autre forme d’idolâtrie, comme la promesse d’une santé parfaite ici-bas, la promesse de réussite ou de richesse. Vers quelle direction le signe est-il orienté ? Si le signe indique une autre direction que Jésus-Christ, c’est alors un très mauvais signe. Le signe vous envoie vers un précipice et il est grand temps de faire demi-tour. 

 

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