Trap kreyòl et Drill, véritables canaux de propagande du banditisme en Haïti 

Pooshy Rosana
Pooshy Rosana
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“La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie”, disait Ludwig Van Beethoven, mais une telle interprétation est-elle valable pour certains sous-genres musicaux tels que le Trap et le Drill, particulièrement dans la société haïtienne ?  

Si le Rap kreyòl perd de ses couleurs petit à petit faute d’une vraie relève, il engendre toutefois deux sous-genres : le Trap kreyòl et le Drill. 

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Initiés en Haïti par la nouvelle génération, ces deux courants musicaux, au lieu de créer une polémique entre rappeurs autour des clans, des styles vestimentaires et biens matériels (argents, voitures, bijoux, maisons…), préfèrent s’adonner à la promotion du banditisme, du trafic de drogue, du succès par l’illégal, le viol, et sans oublier le dénigrement et la présentation des femmes comme “objets”. 

Avec l’apparition particulière du Trap kreyòl avec des jeunes comme Assap Fresh, 47, Cator, Papatithug, Mechans-T, Steves J. Bryan, Dimilòm, Ak100fòs, kolonèl… et du Drill avec Bourike thelatalay, Jiji 4.45, Jamal Jocker, entre autres, des messages obscènes et truffés de violences sont désormais plus faciles à être livrés aux consommateurs, surtout aux plus jeunes.
 

En effet, en plus des textes menaçants prônant le banditisme, les meurtres ou autre illégalité, des contenus vidéos offrent en premier plan des armes à feu de toutes les couleurs, l’un des exemples les plus célèbres : MELODIE de jiji4.45, Team kolabo, Jamal Jocker, Verse transparan et Bourik thelatalay. 

Avec 1,8 millions de vues sur la plate-forme de diffusion YouTube, MELODIE explique les routines de chaque jour de ces artistes susmentionnés ; et les témoignages d’homicide volontaire ou d’affrontements avec des bandes rivaux pillulent dans leur déclaration. 

« Zam sonnen l gon bèl melodi, lè l nan men m m pratike tewori. Advèsè l ap tonbe pa pil, voye zòn nan wouj wouj. M ap mache sou kadav nèg yo » : le refrain du clip MELODIE.  

Plusieurs autres “titres” d’autres artistes ou groupes partagent la même idéologie, par exemple “N ap mouri ak zam nou nan men nou” avec Jiji4.45 et Izolan ; “Zam ki pale pou nou” de Bourik Thelatalay, Mechans-T et Fantom ou encore “Bandi bandi nèt”, une collaboration entre Dimilòm, God la, Bourik Thelatalay et G-Kalach. 

Leur clip parle surtout de vengeance, d’armes et de sang. Ces chanteurs exposent au grand jour et en toute quiétude leur “crime” prétendument commis dans la société haïtienne. 

Le Drill peut aussi ôté la vie 

Les musiques, une fois prisées par leur public cible, certains “Trappers” ont souvent tendance à réaliser leurs contenus vidéos pour les publiées sur les réseaux sociaux pour régénérer des revenus, ou tout simplement pour augmenter leur cote de popularité. Des réalisations qui ont déjà coûté la vie à des jeunes à Ravine Pintade, en raison de la présence d’armes factices lors d’un shooting.  

Le mardi 21 septembre 2021, 11 jeunes allaient être tués par des policiers à bord d’un “Zo reken” sans aucune inspection des lieux, et plusieurs autres étaient sortis blessés. 

Le groupe New Wave enregistrait un dernier son : “Sa lapolis di, se pa sa Jezi di”, jusqu’à ce que leur moment de gloire tourne au drame avec les tirs à balles réelles de 5 policiers.  

Dans son rapport, la Police Nationale d’Haïti (PNH) avait annoncé avoir mis la patte sur 3 armes contrefaites. Marie Michelle Verrier, porte-parole de l’institution policière d’alors, n’avait même pas évoqué le manque de professionnalisme des 5 policiers impliqués dans ce massacre, mais avait toutefois précisé que la patrouille était intervenue sur les lieux après avoir été signalé par des inconnus sur la présence d’individus armés à Ravine Pintade. Et depuis l’enquête se poursuit !  

Trap kreyòl et Drill, des styles de chanson pareils au Rap kreyòl en contenu 

Les deux sous-genres – Trap kreyòl et Drill – ne se diffèrent pas trop au Rap kreyòl. Tous sont majoritairement composés de duels, de menaces et d’insultes. Et les pionniers y sont pleinement impliqués. 

Des rappeurs de Barikad Crew, de S.A.L, ou des artistes comme DRZ, Deep Act et Chef Brigad…, avaient dans le temps prêché les mêmes messages de violence qui font rage aujourd’hui en Haïti avec l’intensification de l’insécurité.  

Des barres expliquaient l’implication de ces derniers dans des actes de malfaisance.  

Une liberté qui engendre l’avènement de gangsters dans le milieu artistique 

Le Rap, le Trap et le Drill en Haïti offrent un champ libre à tous ceux-celles qui veulent faire passer leur plaisir ou dégoût à l’égard d’une personne, d’un groupe de personnes ou sur un sujet quelconque. Ainsi, ils engendrent l’avènement de criminels dans le milieu artistique.  

À présent, des bandits recherchés par la police s’identifient en tant que rappeurs et font le buzz sur les réseaux sociaux avec des milliers de followers : le cas de Izo, chef du gang “5 segond”, à Village de Dieu. 

Si autrefois les rappeurs haïtiens dissimulaient leurs armes lors des tournages de clip, la génération d’aujourd’hui les exposent au grand jour, et il est difficile voire impossible de distinguer les faux des vrais. 

Le Trap et le Drill, tout comme leur descendant – le Rap, sont pareils aux États-Unis, le berceau des trois, et partout dans le monde mais la réalité d’Haïti comparée au reste du monde est différente.  

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Pooshy Rosana, journaliste-rédacteur à Netalkolemedia, caricaturiste et graphiste. Parallèlement, coach fitness. Adore la culture populaire, les documentaires et la musculation.