Malnutrition, gangs, misère: « Bienvenue dans les abysses de Cité-Soleil » 

Pooshy Rosana
Pooshy Rosana  - Rédacteur
malnutrition, gangs, misère « bienvenue dans les abysses de cité soleil » 

Si Haïti est le pays le plus pauvre de l’Amérique, c’est parce qu’elle abrite des quartiers les plus pauvres de la région, et à leur tête se trouve la commune de Cité-Soleil.

Située sur la route nationale, no 1, Cité-Soleil abritait depuis 2015 pas moins de 265 072 habitants, et aujourd’hui les chiffres ont plus qu’augmenté, mais il est difficile d’établir des chiffres précis en raison de la prestation des gangs dans cette partie du département de l’Ouest.
Dans la souffrance depuis bien avant 2004, la population de Cité-Soleil affronte aujourd’hui encore la misère. Pas d’eau potable, ni de nourriture. Pas d’électricité, de soins de santé… en conclusion rien du tout !

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Obligé de s’adapter pour survivre 

Avez-vous déjà foulé le sol de Cité-Soleil ? Si ce n’est pas le cas, à présent, il vous sera presque difficile d’y parvenir. 

L’insalubrité est à son paroxysme dans cette zone. Des personnes vivent au milieu des fatras, certains quartiers sont inondés, et la stagnation de l’eau accouche des mouches et moustiques pour le plus grand mal des résidents, qui sont obligés de s’adapter pour survivre.
Alors que des personnes vivent dans des maisons trouées de balles lors d’affrontements entre bandes rivales, d’autres s’abritent dans des logements composés essentiellement de bois, de tôles, de cartons ou encore couverts de plastiques. Les cas de Belekou, Bois neuf et Wharf Jérémie, entre autres. Impossible de se protéger des mauvais temps, les abris sont seulement construits pour se protéger de la chaleur et du soleil.

Malnutri depuis la naissance

Faute de nourriture suffisante, plusieurs enfants vivent dans la malnutrition dans la plus grande bidonville des Caraïbes.
« On a constaté que la majorité des enfants sont de petites petites tailles, et ont une faiblesse musculaire considérable. Ils (sont) ont l’air fatigué, et ont perdu tout équilibre étant faibles musculairement. »
Des personnes âgées entre 20 et 50 ans ont aussi été constaté par notre source sur le terrain. Ces dernières ont un teint chétif et affaibli par leur style de vie, étant déconnectées du reste d’Haïti, pour ne pas dire du monde.
« Plusieurs cadavres presque désossés ont été découverts à l’intérieur de certaines maisons. Des personnes sont mortes faute de nourriture, de soins, ce, dans le plus grand des silences. Une odeur de cadavre domine l’atmosphère », a révélé notre source, précisant que le bilan pourrait être pire que ses constats.

À Cité Soleil, le choléra est réel

La résurgence du choléra en Haïti n’a pas épargné Cité-Soleil malgré ses fardeaux. Plusieurs cas ont été recensés parmi les 34 quartiers qui composent celle qui fut autrefois appelée “Cité Simone”.

En raison de la division en deux camps de ce grand bidonville par des groupes armés, l’accès aux soins reste très difficile pour les nécessiteux. Et depuis les dernières mobilisations contre le pouvoir en place, il l’est encore plus.

Pas moins de 290 cas de choléra ont été recensés à Cité-Soleil. Le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), dans son rapport avait appelé les gangs armés qui contrôle cette zone à créer un couloir humanitaire pour aider les personnes contaminées, et sensibiliser le reste des habitants. L’Unicef agit avec beaucoup de difficultés vu l’état des lieux.

Otage des bandits depuis juillet 2022

Du vendredi 08 juillet 2022 à nos jours, des affrontements entre des gangs rivaux ont fait de nombreuses victimes au sein de la population civile.

Des rapports du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) avaient révélé que depuis l’éclatement des affrontements le vendredi 08 juillet dernier, près de 300 morts avaient été recensés dans le plus grand bidonville du pays, outre les blessés et les disparus. Aussi, beaucoup de maisons ont été détruites par les bandits.

Plusieurs centaines d’enfants, natifs de la commune de Cité-Soleil, se sont réfugiés jusqu’à date sur le campus de l’établissement Saint-Louis de Gonzague après avoir échappé à la guerre des gangs. Parmi les réfugiés figurent aussi des adolescents et des adultes.

En plus des 471 morts recensés, l’ONU avait pour sa part révélée par ailleurs que 3 000 personnes, dont des enfants non-accompagnés, avaient été contraints de fuir la zone de conflit pour échapper à la mort.

Face à cette situation, le Premier ministre Ariel Henry avait promis un accompagnement aux victimes : de l’eau et de la nourriture. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, aucune aide de l’État haïtien n’a pu calmer la souffrance de ces derniers.

Aujourd’hui, Babekyou ennemi numéro 1 du gouvernement et de la communauté internationale

Depuis plus d’un mois, rien ne fonctionne sur le territoire haïtien en raison de la pénurie de carburant qui affecte tous les secteurs d’activités, et à la tête de cette crise un seul nom résonne : Babekyou.

Le porte-parole de G9 an Fanmi e Alye a pris en otage l’un des plus grands centres de stockage de produits pétroliers du pays, le terminal Varreux, situé dans la commune de Cité-Soleil, bloquant ainsi son accès aux fournisseurs de pétrole. Et depuis rien ne va.

Les écoles, certains hôpitaux, supermarchés, entre autres institutions et entreprises ne fonctionnent plus ou ont été obligés de modifier leurs horaires puisque l’or noir est au centre de leur utilisation, alors que G9 s’approvisionne en toute quiétude à Varreux.

La communauté internationale a imposé des sanctions contre les gangs armés, particulièrement ceux de G9, mais rien ne semble les intimider sur leur voie.

   

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Par Pooshy Rosana Rédacteur
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Pooshy Rosana, journaliste-rédacteur à Netalkolemedia, caricaturiste et graphiste. Parallèlement, coach fitness. Adore la culture populaire, les documentaires et la musculation.