L’utilisation des réseaux sociaux par les gangs en Haïti : un système de blanchiment et de propagande

Par
Jeff Blanc
Jeff Blanc est un expert en technologie passionné, avec un fort engagement envers l'innovation et le développement communautaire. F

La montée des gangs en Haïti dépasse désormais les rues de Port-au-Prince pour s’étendre aux plateformes virtuelles, telles que TikTok, qui servent aujourd’hui de véritables vitrines de propagande. Des figures emblématiques du banditisme haïtien, comme Jimmy Chérizier, dit “Barbecue”, chef de la coalition armée “VIV ANSANM”, ont fait de TikTok une scène où se mêlent provocations, discours violents et démonstrations de force. Chaque soir, les lives de Barbecue attirent en moyenne 7 500 spectateurs, qui regardent ses déclarations criminelles sans filtre, mais aussi des messages en apparence sociopolitiques, prônant un changement pour les plus démunis. En toile de fond, une question troublante persiste : le gouvernement haïtien ferme-t-il volontairement les yeux sur cette dangereuse instrumentalisation des réseaux sociaux ?

TikTok : Le Nouveau Moyen de Communication des Gangs

TikTok, plateforme réputée pour sa capacité à viraliser rapidement du contenu, est devenu un moyen de communication privilégié pour certains chefs de gangs. Utilisé pour diffuser de la musique, des danses et des contenus humoristiques dans le monde entier, TikTok accueille aussi, paradoxalement, des contenus de gangs haïtiens. La présence d’un gang sur un réseau social est pour eux un double atout : elle permet à la fois de diffuser leur idéologie et de recruter de nouveaux adeptes, principalement des jeunes en situation de précarité. Au lieu de se limiter aux territoires sous leur contrôle physique, les gangs étendent ainsi leur emprise psychologique sur toute une population, en usant de messages accrocheurs et en propageant une image de “justiciers”.

Blanchiment d’Argent et Influence sur TikTok

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Outre l’utilisation propagandiste, les réseaux sociaux peuvent aussi servir de couverture pour des opérations de blanchiment d’argent. Les chefs de gangs collectent des fonds par divers moyens – rançons, trafics et extorsions – qu’ils réinjectent dans des activités para-légales, notamment en sponsorisant des “activités communautaires” ou en finançant des artistes, des entreprises de divertissement, et des “influenceurs”. Leurs lives TikTok, parfois sponsorisés et garnis de cadeaux virtuels, participent à ce blanchiment en légitimant leurs gains sous couvert de popularité numérique.

La popularité acquise sur TikTok devient ainsi un capital social permettant aux gangs de se donner une apparence de légitimité et d’ancrage communautaire. Par cette démarche, le crime organisé se fond dans le quotidien des Haïtiens, tout en embrouillant les frontières entre influence sociale et manipulation criminelle.

L’État Face à la Propagande des Gangs

Dans ce contexte, le silence ou l’inaction de l’État haïtien soulève des interrogations. À ce jour, aucune politique officielle ne semble cibler cette présence criminelle sur les réseaux sociaux, alors même qu’elle est manifeste. Des questions se posent sur la responsabilité du gouvernement et sur sa capacité, voire sa volonté, de réagir à ce phénomène. Le fait que des criminels notoires puissent tranquillement diffuser leurs messages violents interroge sur le degré de contrôle de l’État, ou même d’éventuelles complicités.

Les autorités haïtiennes peuvent-elles sérieusement affirmer qu’elles ignorent ces publications, vues par des milliers de citoyens chaque soir ? L’absence de mesures pour contrer cette propagande et ce système de blanchiment pourrait être interprétée comme une forme de complaisance, voire d’abandon de l’État de droit. Pire encore, cela envoie un message de tolérance envers la violence et le crime.

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La Responsabilité des Réseaux Sociaux et la Voie à Suivre

Face à ce fléau numérique, les plateformes comme TikTok devraient assumer une part de responsabilité. Bien qu’elles appliquent des règles strictes pour censurer certains contenus inappropriés, les publications des gangs haïtiens, même si elles violent les standards de la communauté, échappent souvent à la surveillance. Une solution pourrait être une coopération plus poussée entre TikTok, les autorités haïtiennes, et les organisations internationales, afin de détecter et supprimer les contenus incitant à la violence ou servant à des fins de propagande criminelle.

En attendant, les citoyens haïtiens, spectateurs ou victimes de cette dérive, se retrouvent pris au piège entre la violence des gangs et l’inaction apparente de l’État. Pour que TikTok et les autres réseaux sociaux ne deviennent pas des plateformes d’apologie de la criminalité, une prise de conscience collective et une réponse forte des autorités sont nécessaires.

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