Éléments clés sur l’avortement

Michel Luckenson
Michel Luckenson
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Les femmes qui avortent ne sont pas toute en sécurité. En effet, plus de la moitié d’entre elles mettent leur vie en danger à cause d’un personnel non qualifié ou de méthodes dangereuses.

L’avortement est une pratique ancienne et universelle. Elle se décline de manière différente selon les époques et les contextes politiques, sociaux et culturels. À travers le monde, les législations sont variables, allant de l’autorisation à la demande de la femme jusqu’à l’interdiction totale. La libéralisation de l’avortement fait l’objet de polémiques intenses, et une fois acquise elle est parfois remise en question. Certains revendiquent l’accès à l’avortement comme un droit humain, un droit des femmes, un droit sexuel et reproductif, mais aussi comme un droit à la santé face aux conséquences des avortements illégaux. D’autres le condamnent au nom du droit à la vie de l’embryon.

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Entre 2015 et 2019, on a enregistré dans le monde une moyenne annuelle de 73,3 millions d’avortements provoqués (sécurisés ou non) (1).

On a dénombré 39 avortements provoqués pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans (1).

3 grossesses sur 10 (29 %) et 6 grossesses non désirées sur 10 (61 %) se sont terminées par un avortement provoqué (1).

Selon les estimations de 2010 à 2014, environ 45 % de l’ensemble des avortements étaient à risque. Presque tous ces avortements à risque avaient lieu dans les pays en développement (2).

Sur ce chiffre, 1 sur 3 était pratiqué dans des conditions dangereuses ou très risquées (2).

On estime que plus de la moitié de tous les avortements à risque dans le monde ont eu lieu en Asie, pour la plupart en Asie du Sud et en Asie centrale (2).

3 avortements sur 4 pratiqués en Afrique et en Amérique latine n’étaient pas sécurisés (2).

Le risque de décéder suite à un avortement non sécurisé était le plus élevé en Afrique (2).

Chaque année, 4,7 % à 13,2 % des décès maternels peuvent être attribués à un avortement non sécurisé (3).

Environ 7 millions de femmes sont hospitalisées chaque année à la suite d’avortements à risque dans les pays en développement (4).

Le coût annuel de traitement des principales complications dues aux avortements pratiqués est estimé à 553 millions de dollars (USD) (5).

Un avortement sécurisé doit être pratiqué ou accompagné par une personne compétente, appliquant les méthodes recommandées par l’OMS en fonction de la durée de la grossesse.

Pratiquement tous les décès et cas d’incapacités dus aux avortements pourraient être évités par l’éducation sexuelle, l’utilisation de moyens de contraception efficaces, l’accès légal à l’avortement provoqué médicalisé, et à des soins prodigués à temps en cas de complications

 Complications des avortements à risque nécessitant des soins d’urgence

Suite à un avortement non sécurisé, les femmes risquent de présenter un ensemble de troubles affectant leur qualité de vie et leur bien-être, et certaines d’entre elles, des complications engageant le pronostic vital. Les principales complications potentiellement mortelles résultant d’un avortement à risque sont les hémorragies, les infections et les lésions de l’appareil génital et des organes internes. Les avortements à risque pratiqués dans de mauvaises conditions peuvent entraîner des complications comme :

  • un avortement incomplet (les tissus et produits de la grossesse n’ont pas été complètement retirés ou expulsés de l’utérus) ;
  • les hémorragies (saignements abondants) ;
  • les infections ;
  • les perforations de l’utérus (lorsque l’utérus a été perforé par un objet pointu ou tranchant) ;
  • les lésions de l’appareil génital et des organes internes par insertion d’objets dangereux comme des baguettes, des aiguilles à tricoter ou du verre pilé dans le vagin ou l’anus.

Selon les cas, l’avortement spontané peut se traduire par :

  • l’arrêt d’évolution de la grossesse sans expulsion (souvent marqué par une disparition ou une atténuation des signes de grossesse comme les nausées ou les douleurs mammaires) ;
  • l’expulsion de l’embryon ou du fœtus.

Les symptômes sont généralement :

  • des saignements vaginaux plus ou moins abondants. Cependant, les saignements survenant pendant la grossesse ne sont pas systématiquement liés à une faussecouche, loin de là.

des crampes abdominales, des douleurs au ventre ou dans le bas du dos.

la perte vaginale de liquide, de caillots sanguins ou de débris provenant de l’utérus.

Après une interruption volontaire de grossesse, des crampes abdominales et des saignements peuvent survenir, avec une intensité variable, pendant quelques jours. Les symptômes liés à la grossesse disparaissent peu à peu, au fur et à mesure que la quantité d’hormones de grossesse diminue dans le sang.

Les méthodes médicamenteuses

Les méthodes médicamenteuses d’interruption de grossesse qui reposent sur la prise de médicaments sont qualifiées « d’avortements non chirurgicaux » (OMS, 2013) ou avortements médicamenteux. Elles sont utilisées pour les avortements et pour les soins après-avortement. Deux types de médicaments sont généralement employés : le Misoprostol, une prostaglandine (hormone), commercialisée notamment sous le nom de Cytotec, ou la Mifépristone, une antiprogestérone, connue sous le nom commercial de RU486. Ils sont utilisés seuls ou conjointement selon les protocoles en vigueur dans les pays et la disponibilité des produits .

À partir des années 2000, l’OMS a inscrit sur la liste des médicaments essentiels (LME) l’association du Misoprostol et de la Mifépristone pour leurs propriétés abortives, et le Misoprostol pour les soins de l’avortement incomplet et les hémorragies du post-partum (Kumar, 2012 ; Millard et al., 2015 ; Shah et Weinberger, 2012)  Mais les pays ne suivent pas tous ces directives de l’OMS. Dans les pays où les lois sont restrictives, le Misoprostol est souvent inscrit sur la liste des médicaments essentiels uniquement pour sa prescription en gastroentérologie (Raghavan et al., 2012). L’OMS (2013), dans son manuel sur l’avortement sécurisé à l’intention des services de santé, décrit le type de produit abortif à utiliser (Mifépristone et/ou Misoprostol) dont la posologie et le mode d’administration vont varier selon la durée de gestation.

Le recours à l’avortement médicamenteux s’est largement développé depuis la fin des années 1980, aussi bien dans les pays ayant légalisé l’avortement que les autres. Les conditions d’approvisionnement et d’utilisation des médicaments varient, ce qui a des conséquences sur l’efficacité de la méthode et ses effets (Fernandez et al., 2009). Dans les pays où l’accès à l’avortement est restreint, son usage s’est diffusé depuis une trentaine d’années. En particulier, le Misoprostol a acquis une certaine « notoriété » pour ses propriétés abortives, qu’il soit administré par voie orale ou par voie vaginale (Barbosa et Arilha, 1993). Même s’il n’est pas officiellement reconnu par les autorités sanitaires ni disponible dans les services de santé, les femmes l’obtiennent à travers des réseaux informels ou en pharmacie, vendu pour d’autres indications.

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